École nationale d'administration

Un article de Savoir.

Sommaire

Histoire

L'École nationale d'administration (ENA) a été créée par l'ordonnance du 9 mai 1945 par le Gouvernement provisoire de la République française, alors présidé par le Général de Gaulle. Cette décision, qui devait profondément bouleverser la structure même de l'administration publique française, avait été préparée par la Mission provisoire de réforme de l'administration, placée auprès du chef du gouvernement et dirigée par Maurice Thorez, Vice-Président du Conseil et Secrétaire Général du Parti Communiste. Après la démission du Général de Gaulle de la présidence du Conseil le 20 janvier 1946, c'est Maurice Thorez qui va réussir à mener à bien la réforme administrative et l'élaboration du statut de la fonction publique en se préoccupant d'assurer d'abord la naissance de l'Ecole Nationale de l'Administration créé avant son entrée au Conseil. L'École s'est établie à Paris, d'abord au 56, rue des Saint-Pères puis dans l'hôtel du 13, rue de l'Université, auparavant occupé par le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) et décentralisé à Brest en 1978.

Il est à noter que sur son site, sur la page "L'ENA se présente", si le rôle du Général de Gaulle est mentionné pour sa création, l'ENA ne mentionne pas le rôle joué par Maurice Thorez.

Sous l'impulsion d'Édith Cresson, il a été décidé en 1992 de déménager l'école à Strasbourg. Pendant 10 ans, l'école était organisée sur deux sites parisiens et un site à Strasbourg. Le déménagement de l'ensemble de l'école a pris fin en 2005. Les anciens bâtiments de l'ENA (6 000 m²) de la rue de l'Université ont été rachetés par Sciences Po. En 2002, l'ENA a fusionné avec l'Institut international d’administration publique (IIAP).

Michel Debré, maître des requêtes au Conseil d'État et commissaire de la République à Angers, animait cette mission. Il a assuré provisoirement les fonctions de directeur de l'école.

L'ENA doit beaucoup aux circonstances historiques de ses commencements, et à l'esprit des femmes et des hommes, issus de la Résistance pour la plupart, qui ont pris en charge la reconstruction du pays. Avant 1945, l'État n'assurait pas lui-même une formation unique pour les fonctionnaires responsables de sa haute administration. En effet, si le système du concours - seule garantie d'un recrutement impartial et fondé sur le mérite - était déjà bien généralisé, chaque corps ou ministère organisait son propre concours, sans considération pour l'homogénéité de la haute fonction publique. Certains risques de corporatisme ou de népotisme en résultaient. L'ENA devait remédier à ces inconvénients.

Les personnes qui en sont issues sont communément appellées énarques.

Françoise Chandernagor est la première femme major de l'ENA.

Missions

Une école d'application

L'ENA a pour mission de dispenser aux futurs cadres supérieurs de la fonction publique une formation interministérielle. La scolarité d'une durée de 27 mois comporte deux périodes successives, celle des stages (12 mois) et celle des études (15 mois), Cette dernière période se déroule entièrement à Strasbourg depuis le 1er janvier 2005. Les promotions de l'ENA portent un nom spécifique en hommage à un personnage, un événement ou un concept.

Il ne reste à Paris que les locaux du 2, avenue de l'Observatoire (VIe arrondissement) — l'ancien Institut international d'administration publique —, réservés aux formations de très courte durée.

La période de stage, qui correspond à la première année de scolarité, est consacrée à l'apprentissage des responsabilités sur le terrain de l'élève affecté auprès d'un préfet (7 mois), dans un poste diplomatique ou auprès d'organisations internationales (5 mois). La période d'études associe la diversité pédagogique (études de cas, enquête sur le terrain, conférences de cadrage, travail individuel et collectif) aux objectifs de polyvalence de la formation :

  • Permettre le perfectionnement des connaissances dans des matières fondamentales (droit, économie, questions européennes et internationales...) ;
  • Donner aux élèves la maîtrise des outils administratifs dont ils auront besoin pendant leur carrière (préparation à la rédaction de textes juridiques, techniques budgétaires et fiscales, gestion publique, gestion des ressources humaines, négociation, langues, maîtrise des technologies de l'information) ;
  • Développer la capacité de réflexion et d'innovation des élèves par des travaux de recherche menés en petits groupes et visant à l'élaboration de solutions qui puissent être utiles à l'administration.

Les élèves de l'ENA intègrent à leur sortie de l'État différents corps de la fonction publique d'Etat, en fonction de leur classement. Les premiers (dont on dit qu'ils sortent "dans la botte") choisissent généralement les grands corps, à savoir l'Inspection des Finances, la Cour des comptes et le Conseil d'État. Les plus nombreux intègrent le corps des administrateurs civils. Certains rejoignent le corps diplomatique, le corps préfectoral , l'Inspection générale de l'Administration, l'Inspection générale des affaires sociales, le corps des Tribunaux administratifs et des Cours administratives d'appel ou celui des Chambres régionales des Comptes. Par exception, quelques élèves rejoignent la fonction publique territoriale, uniquement comme administrateurs de la Ville de Paris.

En 1999 et 2005, des anciens élèves de l'ENA ont remplacé les journalistes rédacteurs du quotidien "Les Echos"

Une école tournée vers l'international

Depuis sa création, en 1945, l'ENA a formé plus de 2000 élèves étrangers, provenant d'une centaine de pays, dans le cadre de ses deux cycles internationaux. Chaque promotion compte une quarantaine d'élèves étrangers représentant une trentaine de nationalités pour une centaine d'élèves français, tous suivent là une formation identique.

Par ailleurs, l'école entretient une active coopération administrative avec de nombreux partenaires étrangers, pour le transfert d'ingénierie éducative et administrative, à travers l'organisation de nombreux séminaires avec des institutions partenaires. A ce titre, elle participe à l'image d'arrogance attachée à la France, en tentant d'exporter son modèle de formation. Elle vit de sa réputation, qui se délite, du fait de son manque total d'imagination. La répétition à l'envi des mêmes programmes sans souci de leur adaptation au contexte local accélère encore le rejet du modèle d'excellence qui faisait à juste titre sa fierté dans le passé.

Soucieuse de conforter la place de l'administration française dans le monde, l'ENA a encore intensifié sa politique d'échanges internationaux depuis l'intégration des services de l'Institut international d'administration publique en son sein, début 2002.

Formation permanente et recherche

Destinées aux cadres supérieurs de la fonction publique, les sessions de formation permanente se sont diversifiées tout en privilégiant l'interministérialité par la confrontation d'expériences différentes et la mise en commun des savoir-faire utiles à la modernisation de la fonction publique.

En sus de la formation initiale des cadres supérieurs de la fonction publique française, l'ENA offre également de nombreuses possibilités de formation continue et assure une mission de recherche dans ce qu'il est convenu d'appeler les « sciences administratives ».

L'ENA assume également une mission de recherche en sciences administratives :

  • en développant toute une série de colloques sur les grands enjeux de la fonction publique,
  • en encourageant les travaux de recherche de ses élèves sur des questions d'actualité,
  • en multipliant les comparaisons des différents systèmes administratifs étrangers,

L'ENA et les élites françaises

L'école a fait l'objet de critiques de la part même de ses élèves tel Jean-Pierre Chevènement, dans son livre L'énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise (publié sous le pseudonyme de Jacques Mandrin). La classement de sortie, en particulier, a été mis en cause récemment. Les élèves de la promotion Senghor (2002-2004) ont en effet rédigé un rapport, signé par 132 étudiants sur 134. Ce rapport, intitulé "L'ENA, l'urgence d'une réforme", pointait du doigt les principales lacunes de l'école, notamment le classement de sortie, considéré comme une machine à classer plutôt qu'à former. Ainsi, les élèves n'acceptaient pas que "l'ENA dispense une scolarité au rabais, qui n'est que l'alibi d'un concours de beauté organisé par les divers corps de l'Etat". Bien que destiné à la seule Direction de l'Ecole et non disponible sur Internet, ce rapport avait provoqué une réaction du ministre de la fonction publique de l'époque, qui avait menacé la promotion de sanctions disciplinaires.

En réalité, l'ENA est d'abord une école de cadres supérieurs de la fonction publique, dont certains seulement rejoindront les grands corps, ou la vie politique. Se pose toutefois la question réelle de la rénovation de son enseignement et de son mode de sélection, question posée de manière de plus en plus pressante par les promotions passées par ses rangs.

La critique de l'ENA focalise et résume d'autres questions posées à la société française, qui sont celles de la sélection et de la reproduction des élites, de la bureaucratie, de la centralisation et des relations entre l'État et les citoyens.

Une forte majorité de ceux qui contrôlent la vie politique et économique en France sont issus de ses rangs. Ce phénomène a été étudié par Pierre Bourdieu. D'ailleurs, pas moins de sept Premiers ministres et deux présidents de la Cinquième République sont d'anciens élèves de la prestigieuse école :

Liste des différentes promotions


Année de sortie Nom de la promotion Elèves célèbres
2008 Aristide Briand aucun
2007 République aucun
2006 Simone Veil aucun
2005 Romain Gary aucun
2004 Léopold Sédar Senghor aucun
2003 René Cassin aucun
2002 Copernic aucun
2001 Nelson Mandela Laurent Wauquiez
2000 Averroès aucun
1999 Cyrano de Bergerac aucun
1998 Valmy aucun
1997 Marc Bloch aucun
1996 Victor Schoelcher aucun
1995 René Char aucun
1994 Antoine de Saint-Exupéry aucun
1993 Léon Gambetta aucun
1992 Condorcet Valérie Pécresse
1991 Victor Hugo Frédéric Salat-Baroux
1990 Jean Monnet Martin Hirsch
1989 Liberté-égalité-fraternité Jean-François Copé, Renaud Dutreil, Nicolas Dupont-Aignan
1988 Michel de Montaigne Nicolas Baverez, Denis Olivennes
1987 Fernand Braudel Florence Parly, Christian Paul
1986 Denis Diderot Hervé Gaymard, Clara Gaymard
1985 Léonard de Vinci Jean-François Cirelli
1984 Louise Michel Philippe Bas,Pierre Moscovici
1983 Solidarité Catherine Colonna
1982 Henri-François d'Aguesseau Jean-Marie Messier, Philippe Delmas
1981 Droits de l'homme Antoine Durrleman, Pierre-Mathieu Duhamel, François Goulard
1980 Voltaire Dominique de Villepin, François Hollande, Ségolène Royal, Renaud Donnedieu de Vabres, Henri de Castries, Jean-Pierre Jouyet, Michel Sapin
1979 Michel de l'Hospital aucun
1978 Pierre Mendès France Gérard Mestrallet, Philippe de Villiers, Jean-Marc Espalioux
1977 André Malraux Frédéric Thiriez, Didier Schuller
1976 Guernica Bernard Bonnet, Yves-Thibault de Silguy, Serge Weinberg, Baudouin Prot
1975 Léon Blum Alain Minc, Martine Aubry, Pascal Lamy
1974 Simone Weil Élisabeth Guigou, Hubert Védrine, Anne-Marie Idrac
1973 François Rabelais Laurent Fabius, Philippe Jaffré, François Léotard, Gérard Longuet, Élisabeth Huppert
1972 Charles de Gaulle Louis Gallois, Alain Juppé, Dominique Perben, Jean-Cyril Spinetta
1971 Thomas More Michel Bon, Jean-Claude Trichet, Jean-Paul Huchon, Jean-Louis Bianco, François d'Aubert
1970 Robespierre Jacques Attali, Philippe Séguin, Louis Schweitzer, Bertrand Landrieu, Pierre Steinmetz, Etienne Pflimlin
1969 Jean Jaurès Jacques Cheminade, Françoise Chandernagor
1968 Turgot Claude Erignac, Jean Drucker, Catherine Tasca, Alain Lamassoure
1967 Marcel Proust Michel Pébereau, Jean-Pierre Duport
1966 Montesquieu Hervé de Charette, Jean-Paul Proust
1965 Stendhal Lionel Jospin, Ernest-Antoine Seillière, Jean-Pierre Chevènement, Josselin de Rohan, Jacques Toubon
1964 Blaise Pascal Edem Kodjo
1963 Saint-Just Pierre-Jean Rémy
1962 Albert Camus Pierre Joxe
1961 Lazare Carnot aucun
1960 Alexis de Tocqueville Michel Camdessus
1959 Vauban Jacques Chirac, André Tarallo
1958 Dix-huit Juin Michel Rocard
1957 France-Afrique Édouard Balladur, Jérôme Monod
1956 Guy Desbos aucun
1955 Albert Thomas aucun
1954 Félix Eboué aucun
1953 Paul Cambon aucun
1952 Jean Giraudoux Jean-François Deniau
1951 Europe Valéry Giscard d’Estaing
1950 Quarante-huit aucun
1949 Nations unies aucun
1949bis Jean Moulin aucun
1948 Union française aucun
1948bis Croix de Lorraine aucun
1947 France combattante aucun

Direction

Bibliographie

  • « L'ENA », Pouvoirs n° 80 (mars 1997), Seuil ;
  • Jacques Mandrin (pseudonyme de Jean-Pierre Chevènement), L'énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise, La Table Ronde, 1967
  • Jean-Michel de Forges, L'École nationale d'administration, Presses universitaires de France, Paris, 1989 ;
  • Jean-Michel Gaillard, L'Ena, miroir de l'Etat, de 1945 à nos jours, Complexe, coll. « Questions du XXe siècle », 1999.
  • Jean-Michel Eymeri, La fabrique des énarques, Paris, Economica, juin 2001.

Liens externes

en:École nationale d'administration fi:École nationale d'administration ja:フランス国立行政学院 nl:École nationale d'administration no:École nationale d'administration pl:École nationale d'administration ro:Şcoala Naţională de Administraţie

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