Église positiviste

Un article de Savoir.

Le positivisme religieux est un mouvement pseudo-"religieux" fondé par Auguste Comte, dans la phase dite "religieuse" de sa pensée, qu'il développa dans la deuxième partie de sa vie (1846-1857). Cette phase déboucha sur des réflexions sur l'organisation de la société et de l'État. Auguste Comte fonda en 1848 une société positiviste et fit les plans d'une sorte d'Église positiviste.

Sommaire

Préambule : signification des termes

Certains termes sont employés dans l'article, dont nous souhaitons donner une définition exacte.

Voir la signification exacte des termes :

  • "Église" dans l'article détaillé : Église.
  • "Grand-prêtre" dans l'article détaillé : prêtre
  • "Sacrement" dans l'article détaillé : sacrement
  • "Religion" dans l'article détaillé : religion,
  • "Catéchisme" dans l'article détaillé : catéchisme,
  • "Chapelle" dans l'article détaillé : chapelle.
  • "Culte" dans l'article détaillé : culte.

Rappel historique

Auguste Comte (son prénom était en fait Isidore) est entré à l'École polytechnique, dans la promotion 1814, à l'âge de seize ans. Il en fut exclu pour manque de discipline en 1816.

Les promotions de l'École polytechnique furent congédiées à la Restauration en avril 1816, par Louis XVIII, puis reconvoquées pour un examen, sans Comte.

Après ces événements, Auguste Comte a été secrétaire de Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon de 1817 à 1824, et partagea ses idées sur le progrès industriel, et le passage d'un âge théologique et féodal à un âge positif et industriel.

Il donna ensuite des cours de mathématiques.

Après la publication du Nouveau christianisme, dernière oeuvre de Saint-Simon (1825), et sa mort le 19 mai 1825, il assista aux obsèques de celui-ci, et fut sensible aux réflexions sur un système cohérent qui agitèrent la société française dans les années 1825-1826, c'est-à-dire au moment de l'arrivée au pouvoir de Charles X.

Auguste Comte connut une première femme, Caroline Massin, mais ne parvint pas à s'entendre réellement avec elle. Peu de temps après avoir rencontré Lamennais, il fit une dépression nerveuse en 1826, qu'il qualifia d'épisode cérébral. Il fit un séjour de huit mois à l'hôpital d'Esquirol, dont il sortit avec la mention NG (non guéri). C'est après cet événement qu'il écrivit le cours de philosophie positive.

Il eut l'occasion, en 1845, de rencontrer Clotilde de Vaux, qui était la sœur d'un de ses élèves de mathématiques. Clotilde mourut de la tuberculose l'année suivante.

Pour faire son deuil, Auguste Comte voua alors un "culte" à sa bien-aimée disparue, et développa ainsi une sorte de "religion" artificielle de la science.

Doctrine

Rappel sur le positivisme scientifique

Dans la phase philosophique de son oeuvre, que l'on qualifie quelquefois de positivisme scientifique, développée dans le cours de philosophie positive (1830-1842), Auguste Comte, ramène la connaissance du réel au phénoménal au sens strict du terme.

Autrement dit, pour Comte, la connaissance que nous avons du monde nous est donnée par la perception directe que nous pouvons avoir à travers l'expérience sensible ou à travers des raisonnements scientifiques. Les causes premières des actions humaines sont oubliées.

Seule compte l'explication scientifique des phénomènes physiques par la recherche des lois scientifiques et techniques.

Ceci est atteint lorsque l'humanité, partant d'un âge théologique, parvenue à l'état métaphysique, arrive à l'âge positif : les sciences ont atteint le stade positif dans l'évolution historique. Comte appelle la progression vers ce stade la loi des trois états.

Naissance de la doctrine "religieuse"

Pour la signification exacte du terme "religion", voir article détaillé religion.

A la mort de Clotilde de Vaux (1846), Auguste Comte cherche à faire son deuil. Il considère que sa vie privée concerne toute l'humanité. Il cherche à réorganiser son système philosophique antérieur, le positivisme scientifique. Selon Auguste Comte, cette iée lui serait venue dès 1845.

Il développe les principes d'organisation qui doivent, selon lui, fonder les sociétés humaines.

Le positivisme "religieux" proprement dit a aujourd'hui pratiquement disparu en tant que mouvement "religieux". Il subsiste néanmoins une chapelle dans Paris.

Sociologie

Auguste Comte a développé cette "religion" naturelle, afin de définir ce qu'il considérait être une morale pour la vie en société : l'amour de l'autre serait selon lui vécu d'abord à travers l'union des sexes, sentiment de générosité et de désintéressement, qui serait généralisable à des groupes humains plus larges.

Dans le système de politique positive (1851-1854), Auguste Comte développe ses idées sur la "religion" qu'il introduit.

  • Voir la signification exacte du terme religion dans l'article détaillé religion.

La "religion de l'humanité" de Comte, telle qu'il la désigne, s'appuie sur trois notions :

Comte établit aussi une classification des sentiments.

Certains considèrent qu'Auguste Comte est le fondateur de la sociologie. En fait, Sieyès a déjà employé le terme en 1789, avant Comte qui, lui, a popularisé l'usage du terme au XIXe siècle.

Pour Comte, la sociologie couronne les autres sciences :

"Catéchisme" positiviste

Voir la signification exacte du terme "catéchisme" dans l'article détaillé catéchisme.

Dans le catéchisme positiviste (1851), Auguste Comte est allé jusqu'à formaliser sa "religion" en définissant sept " sacrements" :

  • la Présentation (nomination et parrainage)
  • l'Admission (la fin de l'éducation)
  • la Destination (le choix d'une carrière)
  • le Mariage,
  • la Retraite (à 63 ans),
  • la Séparation, faisant l'office d'une extrême-onction sociale,
  • l'Incorporation, trois ans après la mort.

L'Incorporation est l'union avec les morts, censés gouverner le monde, dans la doctrine d'Auguste Comte, d'où l'expression employée par Raquel Capurro de culte des morts.

Auguste Comte a défini aussi un "calendrier positiviste".

Il écrivit aussi la synthèse subjective (1851).

Grand-Être

La doctrine s'appuie sur un "Grand-Être", qui symbolise l'Humanité.

Chapelle de l'humanité

positivisme/chapelle-de-l-humanite.htm/ Quartier de la rue Payenne et chapelle de l'humanité (extérieur)

http://membres.lycos.fr/clotilde/contacts/index.htm : "religion" de l'humanité

http://membres.lycos.fr/clotilde/temple.htm : "chapelle" de l'humanité

Regard actuel

Sur les fondements de la pensée

Si l'on regarde les sources sur lesquelles se fonde la pensée d'Auguste Comte, il semble qu'il ait négligé deux apports de la pensée occidentale :

Sur le plan philosophique

Auguste Comte s'appuie, à l'exception de Roger Bacon (XIIIe siècle), sur des philosophes tous postérieurs au XVIIe siècle.

Sur le plan sociologique

On constate que d'autres penseurs se sont penchés sur les phénomènes sociaux avant Comte. Le terme de sociologie a été employé par Sieyès.

Montesquieu, au siècle des Lumières, s'était déjà penché sur l'étude des sociétés humaines, et constatait déjà la nécessité d'un changement de représentation du monde.

Sur le plan religieux

Le positivisme religieux (mais aussi philosophique) est très éloigné des grandes religions monothéistes et des philosophies orientales.

Le positivisme, tant philosophique, que religieux, nie la transcendance. C'est un humanisme athée selon Henri de Lubac.

Dans le même temps que les causes premières sont oubliées, la logique d'enchaînement des événements est dénaturée, de sorte que l'on ne comprend plus les causes finales telles qu'elles étaient exposées par Aristote dès le IVe siècle avJC (Éthique à Nicomaque). Dans ce dernier traité, dédié à son père, Aristote identifiait quatre types de causes, dont la cause finale, ou telos.

Du point de vue historique

Selon Raquel Capurro, le Grand-Être est en quelque sorte la continuation du culte de la Raison et de l'Être Suprême de la Révolution française.

En fait, cette "religion" semble avoir été développée et acceptée par les contemporains de Comte en raison du rejet de la métaphysique et de la philosophie d'Aristote, probablement parce qu'Aristote adoptait la théorie du géocentrisme.

Influences

Dans le droit

Les ouvrages d'Auguste Comte écrits dans cette phase de sa pensée - surtout le système de politique positive - ont influencé des théoriciens du droit public :

Cela correspond à une certaine partie du droit public français.

Dans la médecine

Le positivisme "religieux" a aussi influencé la médecine.

Dans la politique

Selon Claude Allègre, Jean Jaurès aurait participé aux banquets positivistes.

Selon Jacques Prévotat, Charles Maurras, fondateur de l'Action française, eut une « nuit d'extase » en lisant la synthèse subjective de Comte. Il construisit une doctrine, mélange de positivisme religieux, de marcionisme (oubli de l'Ancien Testament), et de nihilisme (ce dernier point est à vérifier).

Le Grand-Être de Comte, qui englobait originellement l'humanité entière, aurait été réduit, selon Jacques Prévotat, à la nation, engendrant le nationalisme en France.

En Amérique latine

Le positivisme s'est beaucoup répandu en Amérique latine à la fin du XIXe siècle, à travers ses formes "religieuse" (temple au Brésil), ou philosophique (Argentine et autres pays d'Amérique latine).

La devise du Brésil est "ordem et progressio" (ordre et progrès, deux notions de la "religion" positiviste), que l'on voit sur le drapeau brésilien.

Voir Raquel Capurro.

Dans le monde anglo-saxon

La réception du positivisme religieux en Angleterre d'abord, puis dans le monde anglo-saxon en général, s'est surtout faite à partir de la notion d'altruisme.

Voir article détaillé : Altruisme

Anecdote

Claude Allègre, auteur d'un dictionnaire amoureux de la science, souhaitait déboulonner la statue d'Auguste Comte place de la Sorbonne.

Parvenu au poste de ministre de l'éducation, il a réussi à faire déplacer la statue et à la faire pivoter de 90°, de sorte que l'on peut maintenant voir la Sorbonne (université de Paris) plus facilement depuis le boulevard Saint-Michel.

Proverbe chinois

Qui fait l'âne ne doit pas s'étonner si les autres lui montent dessus.

Voir aussi

Bibliographie

Mirroir de Wikipedia