Christianisme évangélique
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Le christianisme évangélique, est souvent nommé évangélicalisme (de evangelical en anglais) quand il s'agit des églises néo-protestantes nées au XIXe siècle aux États-Unis.
Ce sens est le plus souvent évoqué dans les expressions « christianisme évangélique » ou « (les) évangéliques ». L’anglais fait la distinction entre les adjectifs evangelical (« évangélique », « de l’Évangile » ou « des évangiles » ; mais signifie parfois également en tant que substantif « adhérent au christianisme évangélique ») et evangelistic (« lié à la promotion de la prédication et de le dissémination de l’Évangile chrétien ») que le français nomme évangéliste. En français, d'un point de vue européen, le terme est lexicalement plus proche de l'allemand evangelisch (adjectif) ou Evangelisch(en) (substantif) qui en Allemagne désigne de façon générique les protestants (luthériens et réformés) mais on constate depuis les années 1980, que les courants historiques protestants allemands préfèrent se dénommer, de nos jours, protestanter.
On le distingue des églises évangéliques qui décrit les églises nées de la Réforme radicale
« Évangélique » est donc un terme générique. Il désigne aujourd’hui dans les régions à prédominance de langues germaniques (Allemagne, Europe nordique, Angleterre les luthériens et les réformés, la forme dominante du christianisme issu de la Réforme ((XVe et XVIe siècles). Aux États-Unis, au Canada, en Afrique du Sud, en Australie, il caractérise une prise de position singulière et fréquement conservatrice dans le christianisme protestant. La mouvance évangélique se rapporte à un sous-ensemble du protestantisme. La foi évangélique se veut (plus) conforme aux évangiles.
Le christianisme évangélique n'est donc pas un phénomène uniforme comme le montre la suite de l'article. L'événement précis marquant sa naisannce, comme regroupement en un courant théologique est le colloque de Niagara en 1893 qui permet de « définir » le christianisme évangélique par des caractéristiques contantes de cette mouvance chrétienne plurielle.
En Europe, la naissance des églises évangéliques se situe à partir du XVIIIe siècle et est issue des églises protestantes traditionnelles (anglicane, réformée, luthérienne). On ne peut pas attribuer leur naissance à un seul évènement en particulier, mais la Réforme radicale, les guerres de gueux, la prise de parti de Luther en faveur de la noblesse allemande y ont leur part.
On peut citerles noms importants de penseurs anglo-américains John Wesley, Charles Spurgeon, Smith Wigglesworth qui sont considérés comme des fondateurs de la foi évangélique.
L'ensemble des Églises évangéliques toutes confondues représente aujourd'hui près de 500 millions de personnes dans le monde, les plaçant au deuxième rang parmi les religions issues du christianisme, après le catholicisme.
Sommaire |
Confession de foi, héritage conséquent et précieux
Étant donné que le christianisme évangélique n’est pas constitué en Église et n’a pas de hiérarchie statuant sur la doctrine<ref>à l'exception des 5 points de fondamentalisme fixés au colloque de Niagara</ref>, on ne peut lui reconnaître de profession de foi qui serait officiellement représentative. Néanmoins, on observe parmi les divers courants et dénominations évangéliques une unité quasi infaillible sur les points suivants. Il faut saisir que, dans la visée évangélique ou de la foi évangélique, ceux-ci sont constitués avec une volonté déclarée d’être fidèle aux écrits bibliques; ces points de profession de foi sont très souvent soutenus par des passages bibliques et en général par une interprétation transversale de ce que la Bible déclare sur un de ces points de profession de foi :
Autorité de la Bible
La Bible est considérée comme étant «inspirée» par Dieu Lui-même<ref>Le terme grec d'origine de la Seconde Épitre de Paul à Timothée, ch. 3, v. 16, «θεονπευστο» (theônpneustô) est en fait difficile à traduire. Selon les travaux de l’éminent théologien d’orientation presbytérienne, Benjamin B. Warfield [(en)], θεονπευστο n’est pas à traduire par «inspirée par Dieu», qui traduirait plutôt le latin divinitus inspirata de la Vulgate. Il s’agirait bien plus justement de «spiration» plutôt que d’inspiration. La traduction en question serait plus justement que l’Écriture «spire de Dieu», ou littérairement, que l’Écriture expire par Dieu ou tient son souffle de Dieu.</ref> à l’homme (au sens étymologique du terme, c.-à-d. « insufflée »<ref>Le souffle de Dieu est une image biblique qui représente sa puissance créatrice (cf. Psaume 33:6). Lorsque Paul, donc, déclare que «toute écriture» est le produit du souffle divin (cf. plus bas : Esprit Saint), «tient son souffle de Dieu» (2 Tim. 3:16), il affirme avec autant d’énergie qu’il pourrait en user que l’Écriture est un produit d’une opération divine toute spécifique. Il est donc important de noter que le grec ne porte pas la signification que les termes de la Bible ont été insufflés dans les auteurs humains, mais plutôt que celle-ci «respire» Dieu. La révélation divine constitue une sorte d’écoulement perpétuel de la puissance créatrice de Dieu.</ref> (par l’Esprit Saint) – à la suite de 2Timothée 3:16 et des propos de Jésus dans divers passages de l’Évangile) ; autrement dit il est considéré que Dieu a "supervisé" la rédaction de chaque ligne de la Bible afin qu'elle contienne un message dans un langage humain envoyé par Dieu utilisant l’intellect, les styles d'écriture et le talent rédactionnel humains. Souvent appelée « la Parole de Dieu » ou « l’Écriture » (langage biblique), elle est considérée comme infaillible et sans erreur. Ceci lui vaut parfois d’être interprétée d’une manière très littérale, dans certains courants, et notamment les plus conservateurs en matière religieuse (courants ultraconservateurs et fondamentalistes). Néanmoins, depuis le milieu des années 1960, les évangéliques concilient la notion d'infaillibilité et d'inerrance bibliques avec une forme de critique de la Bible qu'impose, comme on en convient, la dimension rationaliste du protestantisme. Selon l’un des piliers du protestantisme, la Sola Sciptura, on considère que la Bible détient l’autorité suprême en matière de foi et de direction de la vie du croyant. Celui-ci ne peut d’ailleurs avoir la certitude de saisir l’«Écriture» avec justesse que s’il remet sa lecture à l’Esprit Saint.
Trinité
Point que l’on retrouve dans presque tous les courants principaux du christianisme, selon lequel le Dieu unique, éternel et personne est éternellement présent et révélé dans trois Personnes divines, à savoir, le Père (Dieu Tout-puissant), le Fils (ou « Fils unique » – littér. μονογενης, monogénès, « unique engendré » ; Jésus-Christ) ; et l’Esprit Saint (ou « Souffle Saint »). L’ancrage insistant des évangéliques dans les écrits bibliques les font certes différer du catholicisme en ce qu’ils ne tiennent à justifier ce credo que sur base de passages ou concepts bibliques et non sur la Tradition ou les conciles (sachant que la naissance de ce dogme est souvent rattachée au concile de Nicée qui eut lieu au début du IVe siècle). Cette conception trinitaire de Dieu porte à diverses conséquences dans la foi chrétienne évangélique :
Dieu le Père
est pour l’être humain le Tout-puissant Créateur du ciel et de la terre (comprenez « de l’univers dans son entièreté »). Par conséquent, un chrétien ne saurait qu’être créationniste (au sens strict – ceci n’excluant que pour certaines tendances évangéliques la possibilité de l’évolution des espèces). De plus, Dieu est pour l’humain un Père aimant, et la relation de l’humain avec Dieu doit nécessairement (bien que pas exclusivement) être celle d’un enfant vis-à-vis de son père).
Jésus
est considéré comme parfaitement homme et parfaitement Dieu. Cette composante de la Trinité, outre le fait qu’elle ne se saisit pas facilement, mérite qu’on s’y attarde, notamment parce que les caractéristiques du monde protestant et évangélique entraînent notamment que ce point de vue prend une résonance et des conséquences toutes particulières.
- Jésus-Christ est considéré comme Fils unique de Dieu ou du Père (Jean 3:16), ou encore unique engendré, sans aucune connotation biologique (croyance en sa naissance miraculeuse), mais au sens biblique du terme, qui selon l’interprétation évangélique détient un statut filial symbolique et spirituel à Dieu, rapproché de manière transversale à Isaac, fils d’Abraham (livre de la Genèse). En effet, Isaac était aussi appelé fils unique de son père, alors que la Bible présente pertinemment qu’il avait un demi-frère, Ismaël. L’unicité d’Isaac en tant que fils d’Abraham serait donc symbolique et d'ordre spirituel ; les interprétations rabbinique (juive) et protestante considèrent en effet qu’Isaac était le "fils unique" car il était le seul à réaliser la promesse de Dieu. À côté de cela, l’épisode du sacrifice d’Isaac par son père est vu comme un appui à cette compréhension, comme "pointant vers" Jésus, ou, pour reprendre le langage biblique, ce sacrifice n’était que "l’ombre des choses à venir" (Colossiens 2:16-17), à savoir, Jésus offert comme sacrifice.
- Jésus-Christ est, considéré comme "Dieu fait homme" – pour le dire grossièrement. C’est un objet de foi ferme que Jésus-Christ n’est qu’une manifestation charnelle de Dieu, et qu’il a existé de toute éternité (surtout év. selon Jean, 1:1-3). En effet, il est considéré comme la Parole (ou Verbe, ou encore Logos) de Dieu faite chair, c'est-à-dire son Expression même par excellence, rapprochée selon l’exégèse protestante et évangélique de la Sagesse de Dieu décrite surtout par le roi Salomon dans l’Ancien Testament (notamment et surtout livre des Proverbes 9:1) et les écrits deutérocanoniques en tant qu’émanation ou rayonnement de la Sagesse de Dieu –bien que considérés comme apocryphes par les protestants, ceux-ci utilisent ces écrits pour appuyer le fait que l’hypostase de Jésus en tant que quasi-personnification d’un attribut de Dieu était présente dans la pensée juive et les Écrits canoniques ou non). <ref>(Holding, J. P., Jesus: God's Wisdom)</ref> L’existence éternelle de Jésus est également supportée dans la Bible, aux dires des évangéliques, par les christophanies (manifestations du Messie en forme humaine avant la naissance de Jésus – voir surtout le grand prêtre Melchisédech dans la Genèse peut-être sous-entendu dans l’évangile selon Jean, chap. 1 v. 10), et les propos et faits de Jésus (entre autres nombreuses choses, le fait que Jésus se décrive de la même manière que le Dieu d’Israël, YHWH (Jéhovah) s’est révélé à Moïse – Jean 8:58 en parrallèle avec Exode 3:14). Par-dessus tout, le fait que l’exégèse évangélique considère comme acquis le fait que Jésus ait été condamné pour une accusation de blasphème par les Juifs, parce qu’il avait prétendu être Dieu, constitue probablement l’un des premiers objets d’attestation de la divinité de Jésus.
- Jésus-Christ est, considéré dans sa divinité, comme partie prenante au jugement des vivants et des morts qui aura lieu à la fin des temps. Ressucité, élevé au ciel (Ascension), toujours vivant et "siégeant à la droite de Dieu" (Marc 16:19 et passages similaires ; Actes 2:33 et passages similaires), il est le seul digne intercesseur auprès de Dieu (inspiré de la théologie paulinienne) pour défendre la cause des croyants convertis"à Christ". En tant que manifestation de Dieu, le christianisme évangélique insiste énormément sur la personne de Jésus-Christ. À ses dires, en conséquence, la chrétienneté n'est pas une religion, mais une relation, qui consiste essentiellement en une relation d'engagement avec Jésus-Christ, considéré comme seul chemin vers Dieu. En ce, Jésus-Christ est le digne et le seul chef de l'Église (rupture classique du protestantisme vis-à-vis du catholicisme), Église qui est aussi appellée corps du Christ (imagerie paulinienne).
- Voir article spécialisé : Christologie
L’Esprit Saint (ou Saint(-)Esprit, ou encore « Esprit »)
qui est l’Esprit de Dieu ou Dieu en tant qu’Esprit, est considéré comme étant pleinement Dieu, mais il s’agit de la manifestation éternelle de Dieu dans la dimension humaine. C’est la présence de l’Esprit que Jésus a promise dans l’Évangile à ceux qui se convertiraient, attestée par les premiers témoins du Christ (surtout livre des Actes des Apôtres), Esprit que tous les courants évangéliques considèrent comme présent et œuvrant dans les histoires personnelles de chaque croyant, ainsi que dans le devenir de l’Église universelle (voir plus bas). Partie prenante de la conversion de l’individu, il est aussi considéré comme à l’origine divers dons, qui varient beaucoup si l’on se base sur les écrits néotestamentaires, mais il est courant que les dénominations mettent l’accent sur tel ou tel don prodigués par l’Esprit. On peut citer : les dons créatifs (écriture et arts), les dons pastoraux (encadrement et guidance des communautés), les dons apostoliques (prédication, enseignement…), les dons prophétiques (prophétie dans ses diverses formes), les dons prodigieux (prodiges et miracles). Le christianisme évangélique revient depuis grosso modo un siècle sur une emphase sur l’Esprit et son action dans les vies humaines et dans l’Église (comprenez « la communauté des croyants »). Ainsi, l’on considère que passée l’acceptation de Jésus dans sa vie (comprenez « la conversion »), le chrétien n’est plus censé vivre selon la chair mais selon l’Esprit (théologie paulinienne).
Résurrection
Il y a plusieurs façons de ressusciter. De celles-ci, le christianisme évangélique met sans doute plus l’emphase sur la re-naissance qui se déroule à la conversion du croyant, considérée comme véritable passage de la mort spirituelle à la vie spirituelle (basé sur Jean 3:3 "Jésus lui répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.",et Jean 10:10). Cette emphase, souvent très forte dans certaines dénominations, a valu à plusieurs groupes de chrétiens évangéliques le quolibet de chrétiens nés de nouveau, plus fameux sous l’équivalent anglo-saxon de born-again Christians (voir 2Corinthiens 5:17 et Galates 6:15). C’est pourtant, il faut le dire, l’une des manières les plus justes de désigner les chrétiens d’obédience évangélique sous l’angle de la conversion personnelle. La croyance en une résurrection finale de tous les morts à la fin des temps fait également partie de la confession de foi des évangéliques.
Jugement dernier
C’est une croyance dans le christianisme en général et dans d’autres religions monothéistes qu’à la fin des temps les humains seront jugés par Dieu. Jésus-Christ, alors, à la suite des écrits bibliques (y compris l'Ancien Testament), reviendra personnellement, corporellement et de manière visible. Alors que ces autres religions et branches du christianisme conçoivent qu’ils seront jugés sur base de leurs actions (ou "œuvres"), un point important du protestantisme en général, est de croire que les humains seront jugés sur leur foi, à savoir dans le christianisme évangélique en particulier, sur leur acceptation ou non de Jésus-Christ en tant que Sauveur et Seigneur lorsqu’ils entendirent l’évangile chrétien au cours de leur vie. Voir aussi l’article sur l’eschatologie chrétienne.
Le Plan de Salut
Le plan du salut selon les évangéliques est basique. La doctrine évangélique s'appuyant exclusivement sur la Bible, il s'énonce à l'aide de versets dont les suivants :
"Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu; et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ."(Romains 3:23
"Le salaire du péché, c’est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ "(Romains 6:23)
"Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle."(Jean 3:16)
"Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu." (Jean 3:3)
" Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ." (Romains 8:1)
Il est à noter que l'appelation "évangélique" vient du terme évangile : du grec ευ-άγγελον (eu-ággelon, littéralement "bon message", par extension "bonne nouvelle"). Pour les évangéliques, la bonne nouvelle consiste en ce que tout homme est par nature pécheur et doit donc subir un châtiment éternel en Enfer mais que par la foi en Jésus, il peut accéder gratuitement au Salut (éternel lui aussi), et ce sans passage par un Purgatoire. Ce plan de Salut est vu différemment par l'Église catholique.
Une mouvance chrétienne plurielle
La diversité de ces mouvements est à attribuer à une caractéristique même d’un des piliers du protestantisme, la Sola Scriptura (« l’Écriture seule »), établissant la Bible comme l’autorité suprême en matière de foi (à l’exclusion de la Tradition, en rupture avec le catholicisme romain) et l’ultime fondement de celle-ci, associé à un choix délibéré pour le libre examen : le croyant est appelé à lire la Bible pour lui-même et forger son avis sur base de sa propre critique et des éclairages des spécialistes. C’est donc à partir d’interprétations divergentes de certains points particuliers des écrits bibliques (du canon protestant), ou alors d’emphase sur certains points non doctrinaux<ref>L'existence de points doctrinaux limite largement le libre examen, comme on l'a vu plus haut dans l'interprétation de la trinité</ref> qui peuvent être ou ne pas être disputés, que des écoles différentes se sont constituées en Églises, appelées dénominations.
Les « dénominations »
À ce jour, les principales dénominations évangéliques sont :
Baptistes
(à suivre
Mennonites ou Anabaptistes
Mouvement fondé par des chrétiens réformés de l’Europe occidentale (Suisse, France, Belgique, Pays-Bas) au XVIe siècle ; figure de proue : le réformateur néerlandais Menno Simons à qui l’on doit le titre de cette dénomination. Strictement non violents, les mennonites furent dès leur apparition les partisans d’une radicale séparation entre l’ordre religieux et l’ordre politique, préférant se tourner vers le pacifisme et l’action sociale, selon la conception de l'Évangile enseignant qu'un chrétien doit porter du fruit. En même temps, ils conçoivent que le baptême ne peut être reçu qu'après demande, par un adulte consentant, chose inacceptable pour pratiquement tous à l’époque ; ils n'hésitent donc pas à prôner le re-baptême des adultes (d’où leur autre nom d’anabaptistes, littéralement « re-baptiseurs »). Cette attitude radicale leur valut de vifs désaccords des autres mouvements protestants (principalement luthériens et calvinistes), conjugués aux hostilités des catholiques, qui les cantonna dans une pratique secrète de leur foi, et poussa un bon nombre d’entre eux à s’exiler en Amérique du Nord. Les mennonites aujourd’hui représentent une branche assez réduite du protestantisme (1 million d'adhérents), quoique leur vif engagement pour l’action sociale et l’'apolitisme s’est traduit en associations et en réflexion sur les grandes questions dans la société moderne.
- voir articles spécialisés : Amish, Hutterite, Doukhobors
Adventistes du Septième Jour (ou simplement "adventistes")
Mouvement issu de la prédication de l'américain William Miller (1782-1849), qui prêcha l’eschatologie chrétienne, autrement dit le retour du Christ sur terre (en latin Secundum Adventum Christi, d'où le nom d'adventistes). Il connut un certain succès puisque 50 000 millerites sont acquis à sa cause en moins de quinze ans. Sur la base de calculs à partir de la Bible (surtout le livre prophétique de Daniel), il avança que le Second Avènement (ou Seconde Venue) du Christ devait se dérouler en 1844, cet événement etant effectivement annoncé dans la Bible mais sans datation explicite.
L’histoire lui ayant donné tort, la grande déception donna un coup sévère à la popularité du millerisme. Ellen White (1827-1915) jouera un rôle important, sinon déterminant, dans la re-popularisation du mouvement en mettant l’emphase sur les erreurs d’interprétation de Miller et surtout l’attachement au respect du jour du samedi (septième jour de la semaine juive) en tant que jour du repos plutôt que le dimanche). Personne, dans le milieu protestant, n'a considéré l’adventisme comme un « cult » (dans le jargon évangélique anglo-saxon), autrement dit une secte.
Les principales dissensions doctrinales avec les autres mouvements évangéliques concernaient :
- l'autorité que donnent les fidèles à Ellen White qui la considerent comme une prophétesse,
- ses prises de position doctrinales sur le sabbat,
- la rigueur des codes vestimentaires et de mode de vie (interdiction formelle de la consommation du tabac et de boissons alcoolisées),
- l'isolation d'avec les autres chrétiens,
- la tendance au légalisme (ici, un attachement important à la même Loi que les juifs).
On observe dans cette mouvance une tendance au rapprochement vers le christianisme protestant. De son côté, le reste du protestantisme a au cours des dernières décennies de plus en plus rejoint l'avis des adventistes sur l'imminence de la Seconde Venue du Christ, annonçant selon la Bible la fin des temps et le Jugement. Les adventistes ont abandonné certaines positions qui faisaient l'objet de reproches comme l'excès de leadership et de direction. Néanmoins, leur position n’a pas vraiment changé concernant le sabbat, les codes vestimentaires ou la consommation de l’alcool, par exemple. Il s’ensuit que les adventistes sont probablement les protestants qui ont le plus de désaccords doctrinaux avec le reste des évangéliques, si bien que leur classification parmi les évangéliques ne fait pas toujours l'hunanimité. Néanmoins, c’est aux adventistes que l’on doit une partie conséquente de la littérature et de la pensée eschatologique chrétienne contemporaine, et une emphase plus forte sur l’héritage judaïque du christianisme et des doctrines chrétiennes.
Méthodistes
Fondé par le prédicateur anglais John Wesley (1703-1791), qui n’avait pas pour visée de créer une nouvelle Église, en Angleterre et dans les colonies américaines. John Wesley est souvent considéré comme l’un des pionniers du christianisme évangélique (bien que ce dernier ne portait pas encore de nom à l’époque). L’apparition du méthodisme et la conception de Wesley sont, en effet, caractéristiques de traits principaux du christianisme évangélique : l’importance de la conversion personnelle, de la vie et du témoignage de foi, de l’étude de la Bible, de la musique pour la louange et l’adoration et de l’engagement social d'inspiration christique, et surtout de l’« annonciation » (ou : prédication) de l’Évangile chrétien, ou évangélisation.
Il convient de noter l'influence actuelle du méthodisme sur les « Églises historiques » et sa proximité avec, notamment, les Églises anglicanes ou réformées.
Pentecôtistes
Existant sous une forme classique depuis le début du XXe siècle, mais aujourd'hui l’une des deux mouvances principales répandues lors du Renouveau charismatique initié dans les années 1950, avec le plus de succès dans les communautés afro-américaines des États-Unis, mais mondialement généralisé et touchant même 60 millions de catholiques. Le pentecôtisme met l’emphase sur le Saint Esprit (considéré comme manifestation spirituelle et continue de Dieu dans l’histoire humaine et dans les histoires des vies humaines) et ses dons, tels que présentés dans le Nouveau Testament, et surtout les écrits pauliniens et les Actes des Apôtres (glossolalie, guérisons miraculeuses, et même résurrections font partie de ces dons). Il s'attache, dans le cadre protestant – et encore plus depuis un mouvement appelé "troisième vague" né aux États-Unis dans les années 1980 –, à un retour le plus conforme possible à l'Église primitive décrite dans ces livres. Dans la pratique religieuse, il se distingue fort du protestantisme traditionnel par un culte dynamique, très émotionnel et charismatique, versant souvent à l’exaltation et à l’extase, voire à la transe.
Juifs pour Jésus
Les églises pentecôtistes et les églises baptistes du sud <ref>Southern Baptist</ref> sont à l'origine du mouvement Juifs pour Jésus. Ce mouvement prend les juifs pour cible et tente d'obtenir leur conversion au christianisme en imitant les titres eclésiastiques et certains aspects de la liturgie synagogale.
Aux Etats-Unis, nombre d'organisations juives se plaignent de ce procédé qui s'adresse parfois aux garçons de moins de 13 ans.
églises du Réveil
Le pentecôtisme a donné lieu à la naissance de ce qu’on appelle les églises du Réveil,un ensemble lui-même éclaté réunissant une variété d'unions d'églises et d'institutions d'enseignement. Il connaît aujourd’hui une grande expansion en Amérique du Sud (surtout au Brésil) et en Afrique subsaharienne.
Charismatiques
La seconde mouvance principale née du Renouveau charismatique initié dans les années 1950. Ils se caractérisent par une liturgie libre (en ce sens qu’elle est flexible), peu de réglementations, une organisation de type associatif, et une prédilection pour les méthodes les plus modernes d’exercice du culte et d’évangélisation. À défaut d’étiquette claire, ce sont souvent eux qui se déclareront plus directement "évangéliques", comme un catholique se déclarerait chrétien.
Unis dans les diversités
Les diversités qui se répercutent en termes sociaux, culturels, politiques, ethniques et linguistiques autant que dénominationnels ne posent aux évangéliques, paradoxalmement peut-être, aucun problème d'ordre doctrinal. C'est une conséquence directe d'un autre pilier du protestantisme, celui de la Sola Fide (« la foi seule ») selon lequel, pour le dire simplement, peu importe la dénomination d'une personne, c'est sa foi seule et non ses actions qui sont vues par Dieu comme critère pour son salut ou non. Les évangéliques sont, il semble, les moins frileux à admettre que les membres de leur Église ou de leur dénomination ne seront pas tous sauvés lors du Jour du Jugement<ref> renouant en cela avec l'exclusivisme d'augustinien qu'on croyait disparu du protestantisme depuis Pierre Bayle</ref>. Aussi préfèrent-ils, sans distinction de dénominations (et quand bien même le catholicisme romain n'est vu par eux que comme une autre dénomination), parler de l'Église (tout court) aussi appelée Église universelle à la suite du Symbole des apôtres (« Je crois en . . . la Sainte Église universelle . . . »), qui est à comprendre comme l'ensemble des "vrais" croyants en Christ, sauvés par leur foi.
Depuis un quart de siècle, on observe dans les groupes protestants à caractère évangélique une tendance au rapprochement entre les différentes dénominations. Une politique volontariste pour l’ouverture à tous, la minimisation des différences et la fuite du "dénominationalisme", en plus du fait du manque de distinction du christianisme évangélique en général, l’amène déjà depuis longtemps aussi à une tendance à l’uniformisation sur base de ce qui les unit tous : l’attachement à l’Écriture biblique en tant que fondement de leur foi.
La fuite de l’étiquette et de la catégorisation trop rapide les pousse à développer des comportements ecclésiastiques interdénominationnels. Ainsi, les chrétiens d’obédience évangélique auront une forte tendance à se nommer simplement « chrétiens », à avoir des pratiques ou activités similaires en dehors du simple culte hebdomadaire institué, et à développer un langage dont les fondements bibliques (afin d’éviter les particularismes et la labellisation) amène souvent certains à le qualifier de« patois de Canaan ». En guise d'exemples : dans ce « patois », se convertir est plus valablement remplacé par l’expression « rencontrer Jésus » ou « accepter Christ », pratiquer sa foi sera plutôt appelé « vivre en Christ », l’engagement à la repentance est volontiers désignée par l’expression « mourir au péché »…
Cette tendance occasionne souvent une difficulté de communiquer de façon compréhensible l’Évangile de manière directe aux non-convertis au christianisme évangélique (que le jargon évangélique anglo-américain appelle les unchurched ; comprenez ceux qui ne font pas (encore) partie de l'Église (universelle, sans considération de dénominations)). L’avantage qu’il faut y attribuer, pourtant, est que cette tendance force les évangélisateurs (c’est-à-dire, idéalement dans le christianisme évangélique, tous les croyants) à chercher une façon de communiquer l’Évangile de façon plus compréhensible dans le monde développé actuel, et par des moyens plus en phase avec le cadre sociologique de l’endroit d’évangélisation. C’est, il faut le dire, probablement l’un des éléments d’explication du succès de la foi chrétienne évangélique aujourd’hui.
--- notes <references/>
Voir aussi
Liens externes
- Alliance évangélique française
- Enseigne Moi Cours bibliques
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