Domestication

Un article de Savoir.

En biologie, une espèce domestiquée, animale ou végétale est une espèce qui a acquis des caractères morphologiques, physiologiques ou même comportementaux nouveaux et héréditaires, résultant d’une interaction prolongée, d'un contrôle voire d'une sélection délibérée de la part de l’être humain pour qu'elle réponde à ses besoins.

Le mouton, une des plus anciennes espèces domestiquées
Le mouton, une des plus anciennes espèces domestiquées

La domestication désigne l'état dans lequel la reproduction, les soins et l'alimentation des animaux, ou le cycle des plantes sont plus ou moins contrôlés par l'humain. C'est aussi le processus appliqué à une population (et non à un animal ou une plante isolée) qui l'amène par sélection pendant des générations multiples à s'adapter aux conditions d'élevage ou culture, à répondre aux besoins humains et, dans une certaine mesure, à perdre certains caractères nécessaires à l'état sauvage. Ces définitions de la domestication peuvent toutefois encore être élargies ou restreintes en fonction d'autres critères.

Les humains ont pris en charge ces populations pour plusieurs raisons : pour divers types de travaux, pour produire de la nourriture ou des produits qui lui sont utiles (tels que la laine, le coton, ou la soie), ou encore comme animaux de compagnie ou plantes ornementales.


Sommaire

Espèces animales domestiques

La liste des espèces domestiques est modulable selon les critères adoptés.

Une liste restreinte, avec les dates estimées de première domestication peut être dressée :

Liste restreinte

Espèce Date Foyer de domestication
Chien 15000 av. J.-C Multiple
Chèvre 10000 av. J.-C Asie et Moyen-Orient
Mouton 8500 av. J.-C Asie et Moyen-Orient
Bœuf 8000 av. J.-C Moyen-Orient
Zébu 8000 av. J.-C Inde
Porc 7000 av. J.-C Chine, Europe
Âne 5000 av. J.-C Afrique du Nord
Chat 5000 av. J.-C Chypre
Cheval 4000 av. J.-C Ukraine
Buffle 4000 av. J.-C Chine
Poule (Gallus gallus) 3500 av. J.-C Asie du Sud-Est
Lama 3500 av. J.-C Pérou
Ver à soie 3000 av. J.-C Chine
Pigeon biset 3000 av. J.-C Égypte
Chameau de Bactriane 3000 av. J.-C Asie centrale
Dromadaire 2500 av. J.-C Arabie
Gayal  ??? Asie du Sud-Est
Banteng  ??? Asie du Sud-Est
Yak 2500 av. J.-C Tibet
Oie (Anser anser) 1500 av. J.-C Europe
Oie de Guinée (Anser cygnoides) 1500 av. J.-C Chine
Alpaga 1500 av. J.-C Pérou
Cobaye 1000 av. J.-C Pérou
Canard (Anas platyrhynchos) 1000 av. J.-C Chine
Canard de Barbarie  ??? Amérique du Sud
Renne 1000 av. J.-C Sibérie
Pintade  ??? Afrique
Carpe (poisson)  ??? Asie
Furet 500 av. J.-C Europe
Dinde 500 av. J.-C Mexique
Poisson rouge 300 Chine
Lapin 1600 Europe
Carpes koï ; variété ornementale de la carpe
Carpes koï ; variété ornementale de la carpe

Dans cette liste, les cas du furet et du ver à soie ne font pas consensus : du point de vue légal pour le furet (classé dans certains pays comme animal sauvage) et en tant qu'insecte qui ne serait pas concerné par la notion d'animal domestique pour le second. (Il en est de même pour les poissons : carpe et poisson rouge).

Il est à noter que certaines espèces domestiquées partagent le même genre et sont interfécondes. Elles ont néanmoins été domestiquées séparément. Par exemple le genre Bos (bœuf, zébu, yak, gayal et banteng ; le genre ne comprend pas le buffle), le genre Camelus : chameau de Bactriane et dromadaire, le genre Lama : lama et alpaga ; le genre Anser (les oies). Certaines variétés domestiques peuvent alors être issues de l'hybridation de plusieurs espèces. Le cheval et l'âne (genre Equus) donnent des hybrides stériles : mulet et bardot, de même que le canard de Barbarie et les races de canard domestique issues du canard colvert qui produisent le canard mulard.

Deuxième cercle

On peut élargir la liste avec :

Espèce Date Foyer de domestication
Abeille 4000 av. J.-C Multiple
Éléphant d'Asie 2000 av. J.-C Inde
Daim 1000 av. J.-C Chine
Paon 500 av. J.-C Inde
Caille 1100 - 1900 Japon
Canari 1600 Îles Canaries, Europe
Canard mandarin  ??? Chine
Cygne tuberculé 1000 - 1500 Europe
Faisan doré  ???  ???

Les deux premières espèces, malgré l'ancienneté de leur élevage, ne sont en général pas détachées comme population de celles de leurs congénères sauvages, et leur reproduction n'est pas entièrement contrôlée. Les suivants sont des animaux d'agrément et de volière, parfois opposés à ce titre aux animaux domestiques de rente. Le daim est dans ce cas, son élevage relevé en Égypte antique n'a probablement pas été continu jusqu'à nos jours.

Nouvelles domestications

animaux de rente

  • Il y a plusieurs espèces de poissons élevées de façon intensive depuis quelques décennies : truite arc-en-ciel, saumon atlantique, bar, daurade royale, turbot, poisson-chat, tilapia, qui peuvent être considérées comme étant en cours de domestication, puisque le cycle de l'élevage est entièrement maîtrisé, qu'une sélection est appliquée sur ces espèces et qu'elle a déjà permis d'améliorer leurs qualités du point de vue de l'élevage.
  • Dans le domaine de l'aquaculture, plusieurs espèces de crevettes sont également élevées à grande échelle, le cycle d'élevage étant complètement maîtrisé.
  • Parmi les rongeurs, il y a quelques espèces dont l'élevage pour la chair s'est établi ces dernières décennies, avec une volonté délibérée de domestication : l'aulacode et le rat de Gambie élevés sur le mode intensif, comme le lapin, en Afrique de l'Ouest, et le capybara (ou cabiai) au Brésil élevé sur un mode semi-extensif.
  • Plusieurs grands herbivores sont élevés avec un projet de domestication justifié par le fait qu'étant adaptés à leur milieux, ils permettent de mieux l'exploiter que les espèces domestiques classiques : l'éland de Derby (Taurotragus oryx) en Afrique australe, le bœuf musqué (Amérique et Europe du nord) et l'élan en Europe du nord ; celui-ci ayant été élevé pour le lait en 200 av JC et au XVIIème siècle pour l'attelage.
  • L'autruche, dont l'élevage pour les plumes a été important durant la première moitié du XXème siècle, et qui est élevée de nos jours principalement pour la chair.

animaux de compagnie et d'ornement

  • Il faut noter les nouveaux animaux de compagnie dont la reproduction est facilement maîtrisée, en particulier parmi les rongeurs et qui satisfont en général au critère de familiarité avec l'homme : souris (Mus musculus), chinchilla, rat (Rattus norvegicus), hamster.
  • Il y a de même plusieurs oiseaux de volière dont la perruche ondulée, espèce à partir de laquelle ont été développées en élevage de nombreuses variétés.
  • On peut rapprocher de cette catégorie plusieurs espèces de poissons d'aquariophilie qui font l'objet d'une sélection importante ; par exemple le guppy ou le combattant.

Animaux d'étude

Les études et expérimentations ont utilisé fréquement des animaux de différentes espèces domestiques. Certaines de ces espèces comme la souris et le rat semblent avoir été séléctionnées conjointement comme animaux de compagnie et de laboratoire. Une espèce au moins a été domestiquée à des fins uniquement scientifiques : la drosophile, dont la rapidité du cycle d'élevage, a fait une organisme modèle dans la recherche en génétique.

Anciennes domestications

Certaines espèces ont été élevées voire réellement domestiquées, mais ne le sont plus, ayant totalement disparu ou n'existant plus qu'à l'état sauvage. Plusieurs espèces dans ce cas sont relevées en Égypte antique, sans qu'il soit facile de déterminer s'il s'agissait de détention d'espèces sauvages ou de domestication.

ânes ou onagres attelés
ânes ou onagres attelés
  • l'onagre, Equus hemionus aurait été domestiqué et utilisé notamment attelé dans la civilisation Sumérienne (de 5000 à 2000 ans avant JC.) Néanmoins sur les représentations qui parraissent l'attester il pourrait s'agir plutôt d'Equus asinus ; l'âne domestique originaire d'Afrique. Voir : Asiatischer Esel
  • En Europe la tourterelle (streptopelia turtur) était plus commune que le pigeon au Moyen Âge comme animal de compagnie.

Espèces non domestiquées

Toutes les espèces élevées ou utilisées par l'être humain n'ont pas subit une évolution vers la domestication. Plusieurs d'entre elles font l'objet d'un élevage établi de rente. Ce sont les ragondin, rat musqué martre, crocodile, grenouille, écrevisse, escargot, cerf, qui sont rarement considérées comme domestiquées pour autant.

Pour une part d'entre elles, l'élevage durant plusieurs décennies a engendré des modifications, peut-être voulues, et éventuellement interprétées comme un début de domestication : renard, vison.

Plusieurs espèces de coquillages marins sont l'objet d'un élevage intensif (voir Conchyliculture). C'est le cas en particulier de l'huître et de la moule. Il n'y a en général pas de contrôle de la reproduction mais captage du naissain sauvage, donc une perméabilité entre les populations sauvages et de production, ce qui se rapproche du cas des abeilles. La maîtrise de la reproduction et des premiers stades d'élevage, acquise ces dernières années pour l'huître par exemple, est cependant une forme de domestication de ces espèces.

On recense plusieurs espèces pour lesquelles il existe ou il a existé une tradition de dressage et d'utilisation, souvent pour la chasse, sans qu'un élevage et une sélection ait été pratiquée :

D'autres espèces sont élevées pour l'ornement, en particulièrement des oiseaux de volières et des poissons d'aquariophilie et ne sont pas les objets d'une sélection durable. Ils restent, objectivement ou dans la perception qu'en ont leur détenteurs, des espèces sauvages détenues ou élevées en captivité.

Animaux commensaux de l'homme

  • On qualifie également de domestiques, selon une acception sensiblement différente, des animaux commensaux de l'homme, notamment des insectes comme la mouche (musca domestica), des rongeurs (souris) voire des oiseaux (moineau domestique), dont l'homme ne contrôle pas les populations, mais qui se sont adaptés à son voisinage.
  • Le commensalisme concerne également des animaux plus gros, éliminant les déchets voire les charognes jusqu'en ville : vautour fauve, vautour noir en Afrique et en Amérique du sud, chien paria en orient.
  • Certaines espèces sont non seulement tolérées mais considérées comme utiles en tant que prédateurs d'insectes ou de rongeurs : Ce sont la cigogne, le héron garde-bœufs ou l'hirondelle. Ceux-ci peuvent vivre en véritable association avec un système agricole dans lequel ils ont un rôle et une place, et bénéficier sinon de soin, au moins d'une protection de la part de l'homme.
  • On note des cas de véritables collaborations entre hommes et animaux "libres" : les dauphins qui rabattent des bancs de poissons vers les filets de pêcheurs côtiers en Mauritanie par exemple, et prélèvent leur part. Voir [1]. Les dingos australiens chassaient également en association avec l'homme.

Espèces végétales domestiques

La domestication des plantes est probablement plus importante encore que celle des animaux pour l'espèce humaine. Les premières plantes ont été la première fois domestiquées autour de 9000 avant JC dans le Croissant fertile au Moyen-Orient. Les premières plantes domestiquées sont des annuelles à graines ou fruits comme le haricot et bien-sur le blé. Le Moyen-Orient a particulièrement convenu à ces espèces ; le climat à été sec favorisant le développement des plantes à semer, et la variété d'altitudes a permi celui d'une grande variété d'espèces. Avec la domestication s'est fait la transition d'une société de chasseur-cueilleurs à une société agricole et sédentaire. Ce changement mènerait par la suite, environ 4000 à 5000 ans après, aux premières villes et à l'apparition de véritables civilisations.
La domestication est progressive, un processus d'épreuve et l'erreur qui se sont produits lentement. Des pluriannuels finis de temps et les petits arbres ont commencé à être domestiqués comprenant des pommes et des olives. Quelques usines n'ont pas été domestiquées jusque récemment comme le noisetier d'Australie et la noix de pécan. Dans différentes régions de monde les espèces très différentes ont été domestiquées. En Amériques sirop, maïs, et les haricots ont formé le noyau du régime. Dans le riz de l'Asie de l'Est, et le soja il y avait les récoltes les plus importantes. Quelques secteurs du monde tels que l'Afrique australe, l'Australie et (plus étonnamment) la Californie et l'Amérique du Sud méridionale n'ont jamais vu des espèces locales domestiquées. Au cours des milléniums beaucoup d'espèces domestiquées sont devenues tout à fait à la différence de leurs ancêtres normaux. Les épis de maïs sont maintenant des douzaines de périodes la taille de leurs ancêtres sauvages. Un changement semblable s'est produit entre les fraisiers communs et a domestiqué des fraises. Voir également : Cultigen

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Un chien au début du XVIème siècle
Un chien au début du XVIème siècle

Les critères de la domestication

La notion de domestication fait référence à des critères empiriques et parfois flottants. On tente ici d'énoncer ces critères :

  • morphologie - coloration : apparition de caractères de forme ou de couleur propres à l'état domestique (oreilles pendantes chez les chiens ou lapins, couleurs vives du pelage...). Le chien domestique montre de grandes variations phénotypiques, l'âne très peu,
  • physiologique : augmentation de la prolificité, de la production laitière... C'est le cas de la majorité des espèces domestiquées, mais probablement pas celui du cheval par exemple,
  • comportemental : familiarité avec l'homme, meilleure tolérance au stress, voire tolérance à la promiscuité intraspécifique. Ce critère est important pour les mammifères et oiseaux, il ne semble pas rempli pour les poissons (carpe),
  • propriété : l'animal a-t-il un propriétaire ou non (notion de "res nullius"). On note des exceptions tant dans le sens d'animaux sauvages appropriés sur un territoire, que d'animaux domestiqués sans propriétaire (pigeons des villes),
  • liberté ou de captivité des animaux ; certains élevages se font cependant en liberté,
  • contrôle ou non de leur reproduction par l'homme,
  • utilité de l'animal ; ce critère peut être vu de façon différente selon qu'on souligne le caractère utile des animaux domestiques et qu'on en exclut les animaux de compagnie ou d'agrément, ou bien qu'on met ces derniers au cœur de la notion.
  • ancienneté de l'élevage : une espèce domestiquée semble être celle qui l'est depuis très longtemps, à l'exclusion des nouveaux élevages,
  • impossibilité pour l'espèce domestiquée de vivre sans la tutelle de l'homme : cette condition est en fait rarement vraie.

Toutes ces approches ne se recouvrent pas, et on voit que la frontière entre animaux sauvages est souvent floue, ce qui est bien rendu dans l'album Astérix en Corse : Obélix remarque en arrivant dans le village corse : "Tiens, des sangliers domestiques !" Ce à quoi Ocatarinetabellatchitchix répond : "Non, ce sont des cochons sauvages"

Une acception large de la domestication tend à traiter de toutes formes d'interaction de l'humain avec les animaux : de l'élevage intensif d'une espèce anciennement domestiquée à la chasse raisonnée d'une population animale considérée comme une ressource.

Le processus de domestication

Dates et lieux de domestication

Se reporter au tableau des dates et foyers par espèce.

Les domestications s'étalent du néolithique à nos jours. Le Moyen Âge est une période blanche de ce point de vue, aucune domestication n'étant datée de cette époque. Notre époque, à partir du XIXème siècle, est par contre riche en nouvelles espèces élevées, et on peut parler pour plusieurs d'entre elles de domestication.

Les dates et foyers des domestications anciennes ont été estimé par des méthodes essentiellement archéologiques ; il s'agit plus spécialement d'archéozoologie. Ces méthodes consistent à fouiller ou exploiter les résultats de fouilles de sites d'occupation humaine préhistorique. Les restes animaux sont datés selon les méthodes archéologiques : on détermine l'espèce à laquelle ils appartiennent, on estime également l'âge auquel ils sont mort voire le type d'animaux (d'une forme éventuellement domestique) qu'ils représentent, et on s'appuie sur d'autres indices comme les traçes observables d'abattage ou de découpe. L'enjeu est de déterminer si on est en présence d'animaux sauvages ou élevés, et plus globalement la nature de leurs relation avec les humains. Ainsi le squelette d'un chat retrouvé auprès d'un tombeau humain indique qu'il s'agissait probablement d'un animal de compagnie. Une certaine homogénéité d'âge des animaux dont on retrouve les restes indique qu'il s'agissait d'un élevage, où l'on abattait les animaux à l'âge optimal.

Les nouvelles techniques et en particulier l'étude de l'ADN mitochondrial permettent de réestimer les dates de domestication de même que l'arbre généalogique des espèces domestiques actuelles ; ces connaissances sont donc toujours en évolution. La lignée du chien en particulier se serait séparée de celle du loup il y a entre 100 000 et 150 000 ans. Il est possible que l'ancêtre du chien se soit à cette époque rapporché et associé aux groupes humains qu'il suivait, pour les restes qu'il pouvait obtenir, en ayant un rôle d'alerte voire d'auxiliaire de chasse. La date de domestication issue des sources archéologiques correspondrait alors à une relation devenue plus étroite et à un contrôle plus fort de l'homme qui a mené à l'apparition de variétés différentiables des loups par leur squelette. Cette étape de domestication a probablement été permise par la sédentarisation des hommes, mais aurait été précédée par une longue période de rapprochement.

Le processus domesticatoire et la diffusion des espèces et techniques s'étalent sur de longues périodes ; celles-ci sont encore loin d'être parfaitement déterminées.

Après celle du chien, le premier foyer de domestication fut le Moyen-Orient. On remarque ensuite l'Asie, l'Europe et l'Amérique du sud, et l'Afrique dans une moindre mesure. On admet pour plusieurs espèces le principe de plusieurs foyers de domestication distincts. Cela n'exclut pas les croisements qui ont suivi et il semble vain de déterminer un ancêtre sauvage pour chaque race d'une espèce domestique.

Scénarii de domestication

La domestication est-elle passée par la coutume d'adoption de bébés animaux qu'on observe toujours actuellement, particulièrement chez les peuples de chasseurs-cueilleurs, ou est-ce culturellement contradictoire comme certains l'ont affirmé ?

Est-elle passée par une phase de commensalisme entre ces animaux et l'homme, c'est-à-dire un rapprochement et une aide dans l'intérêt mutuel (relation qui s'observe pour le chien) ?

Y avait-il une tradition de chasse devenue raisonnée, évoluant vers une sorte de gestion de population sauvage d'une espèce par l'homme devenu élevage extensif, puis intensifié ? (Tous ces stades sont actuellement pratiqués dans le cas du renne, dans des régions différentes.)

Ou bien l'élevage a-t-il simplement commencé avec des animaux capturés puis élevés en stricte captivité ?

Dans le cas du lapin, les étapes de la domestication à partir de la simple chasse ont été l'établissement de garennes fermées au moyen-âge, qui constituaient des sortes de réserves de chasse. Dans certaines de ces garennes a été pratiquée une sélection, permise par la capture des animaux grace aux furets. Cette selection a abouti à l'apparition des premières variétés de lapin au cours du XVIème siècle, qui se ditinguaient par leur coloris et leur taille. L'élevage a ensuité été intensifié et la forte sélection a abouti à une grande variabilité des races domestiques. Le comportement du lapin d'élevage a probablement évolué conjointement, du fait d'une sélection d'animaux moins farouches, celle-ci pouvant aussi bien être délibérée qu'indirecte : les animaux plus difficiles à recapturer ne pouvant pas être donnés à de nouveaux éleveurs.

Les pratiques d'élevage et de sélection qu'on peut observer sur la période historique peuvent donner une idée de celles qui ont produit la domestication. Celles-là sont très variées, ainsi que les connaissances et représentations qu'ont les éleveurs de l'hérédité et de l'influence qu'ils peuvent avoir sur une population animale. Certains d'entre eux opèrent une sélection raisonnée au sein d'un troupeau, d'autres ne conçoivent pas l'influence que peut avoir le choix des reproducteurs sur leur produits, au sein d'une espèce ou variété. Ces éleveurs peuvent croire pourtant à l'intérêt d'acquérir une nouvelle lignée ou d'opérer des croisements avec des animaux de souches différentes de la leur et participer ainsi à leur diffusion. Parmis la diversité des pratiques, on relève entre autre celle consistant à faire saillir une femelle par des congénères sauvages pour les qualités réelles ou supposées que cela procure aux produits de tels croisements (chien/loup ; porc/sanglier en Europe). La sélection exercée par les éleveurs est d'ailleurs loin d'avoir constamment la même direction, une pratique dénoncée pour plusieurs espèces consistant par exemple à sacrifier les animaux ayant eu la croissance la plus forte ou la plus rapide afin de laisser les autres finir leur croissance (moutons, pratique du "fond de pêche" en pisciculture d'étang consistant à repeupler un étang après sa pêche par vidange en y relachant les poissons les plus petits).

La domestication d'une espèce est le fruit d'une histoire multiple qu'il est difficile de reconstituer. Ses facteurs importants sont les prédispositions de cette espèce, les pratiques des éleveurs ou proto-éleveurs sur de longues périodes qui opèrent une sélection consciente ou non et les échanges d'animaux qui permettent aux lignées les plus domestiquées de se diffuser.

Point de vue biologique

L'évolution d'une espèce domestique peut être interprêtée comme l'apparition de nouveaux caractères, c'est-à-dire la conservation de mutations génétiques qui auraient été éliminées par sélection naturelle à l'état sauvage.

Par exemple : augmentation de la prolificité, augmentation de taille et de poids, nouveaux coloris.

C'est aussi la perte d'aptitudes ou de caractères : diminution de la mobilité, (aptitude au vol, migration, vitesse de course...) et évolution comportementale : aptitude à vivre en groupes plus nombreux, familiarité avec l'homme, perte de certains comportements de groupe.

La notion de perte de caractère impliquerait que la domestication d'une espèce est irréversible (par effet fondateur) ce qui est inexact (voir marronnage).

On interprète également les transformations de la domestication avec la notion de néoténie, selon laquelle certains caractères à l'origine propres aux stades juvéniles se prolongent à l'état adulte : dépendance pour la nourriture, attachement...

Point de vue comportemental

  • La domestication est non seulement une modification des caractères physiques d'une espèce, mais aussi de son comportement. Cette évolution consiste en premier lieu en un caractère moins farouche et une tolérance à la proximité de l'homme. C'est aussi une adaptation aux conditions d'élevages, donc aux groupes importants et à la promiscuité, qui peuvent être mal tolérés par les congénères sauvages. Dans le cas du chien, l'évolution comportementale semble beaucoup plus radicale et ne peut en aucun cas être réduite à la perte du caractère farouche ou sauvage. Une expérience a montré une aptitude des chiots à interprêter les signes de communication humaines supérieure à celle des singes. L'attachement qu'un chien porte a son maître et la propension à lui obéir, bien que pouvant être l'objet d'une éducation ou dressage sont des caractères innés issus de la domestication.
  • L'éthologie est aussi évoquée concernant la domestication pour discuter des caractères comportementaux qui permettent ou ont permi à une espèce d'être domestiquée. Le principal d'entre eux serait le caractère social d'une espèce. Le fait qu'elle vive en groupe hiérarchisé aurait permi à l'éleveur d'exercer un contrôle sur ces animaux en prennant la position du l'élément dominant du groupe.

Point de vue zootechnique

Actuellement, les objectifs intentionnels de la domestication (dans le cas de nouvelles espèces) ou de l'amélioration des races domestiques concernent essentiellement la production (rarement le travail produit par les animaux). Ce sont l'adaptation aux conditions d'élevage, la prolificité, la vitesse de croissance, et souvent la qualité de la chair (ou celle d'autres produits comme le lait ou la laine). La sélection moderne des espèces d'élevage repose pour partie sur une organisation centralisée, ou sur les choix de chaque éleveurs et leurs échanges d'animaux qui ne reflete cependant que très indirectement les pratiques et objectifs des premiers élevages.

La transformation des espèces anciennement domestiquées est donc loin d'être arrêtée actuellement et les efforts portent également sur des nouvelles espèces d'élevage, en particulier parmi les poissons.

Utilisation des animaux domestiques

La poule domestique a acquit la capacité de pondre sur une période considérablement allongée par rapport à celle de ses ancêtres sauvages
La poule domestique a acquit la capacité de pondre sur une période considérablement allongée par rapport à celle de ses ancêtres sauvages

Les raisons pour lesquelles on a domestiqué des espèces et pour lesquelles on les élève aujourd'hui sont très diverses. Il faut remarquer aussi qu'elles sont probablement distinctes : les interactions avec une espèce animale qui allaient amener à sa domestication n'avaient pas comme but immédiat ni comme projet d'en exploiter certains caractères qui le seront plus tard. L'exemple caractéristique en est la laine du mouton qui est un produit de la domestication, la toison de l'ancêtre du mouton n'ayant pas ces caractéristiques. L'exploitation de la laine s'est donc développée dans un second temps, le mouton ayant été probablement domestiqué pour sa viande.

Produits

Les animaux domestiques sont élevés pour les produits qu'ils donnent. Ce sont les produits alimentaires : viande, lait, oeufs, ou non-alimentaires : laine, fourrure ainsi que d'autres produits marginaux comme les excréments pour la fertilisation ou comme combustible. La production alimentaire est à notre époque la principale raison de l'élevage.

Travail

Attelage de 20 mules, à l'apogée du l'utilisation de l'énergie animale (fin XIXème siècle). Voir en:Twenty_mule_team
Attelage de 20 mules, à l'apogée du l'utilisation de l'énergie animale (fin XIXème siècle). Voir en:Twenty_mule_team

Leur fonction est souvent de fournir un travail ou service. C'est en particulier le transport avec les chevaux, ânes, boeufs, chameaux et même le chien. Les animaux ont longtemps été la principale énergie du travail agricole. L'utilisation de la force des animaux pour le transport et l'agriculture s'est développé jusqu'au début du XXème siècle avec le transport sur les canaux, tiré par des chevaux, et les progrès du matériel agricole avant la motorisation.

La fonction d'auxiliaire de chasse a certainement été le premier métier du chien domestique. Celui-ci effectue des travaux très variés qu'on n'énumerera pas ici, de la garde, protection, la conduite de troupeau jusqu'aux fonctions modernes de chien d'aveugle. Certaines espèces fournissent un travail ou service particulier, de communication pour le pigeon voyageur ou un mode de chasse particulier pour le furet.

Utilisation non utilitaire

La détention et l'élevage d'animaux domestiques sans objectifs strictement utilitaires n'est pas récente. Les animaux de compagnie sont particulièrement développés de nos jours, ceux d'ornement ont souvent une longue tradition, quoique de nouvelles espèces soient apparues à l'époque moderne, parmi les poissons notamment. Le combat d'animaux est une activité très ancienne et toujours vivace, qui engendre un élevage spécialisé. Les espèces les plus courantes sont les coqs, les chiens, les vaches et taureaux, et même un grillon (acheta domestica) en Chine. Les animaux peuvent être les supports d'une activité sportive, ce qui est le cas des chevaux depuis l'antiquité (souvent en association avec la chasse). On note encore d'autres destinations des animaux domestiques comme le spectacle.

Les degrés de domestication

L'action de l’être humain ou son interaction avec les animaux existe sous différentes formes. La variété des objectifs et des espèces induisent autant de modes et de degrés de domestication. Lorsqu'il ne s'agit plus de domestication à proprement parler, on peut employer le terme d'action domesticatoire.

L'élevage intensif

La forme la plus poussée de domestication correspond à l'élevage intensif, où l'éleveur fournit tout ce qui est nécessaire au développement des animaux, pour maximiser leur production ou permettre leur élevage sur des surfaces réduites. Elle correspond à un contrôle maximum sur les animaux, quoique la productivité d'un élevage, le contrôle sur les animaux et le degré d'intensification ne se recoupent pas exactement.

L'élevage extensif

La pression domesticatoire peut être considérée comme moindre dans le cas d'élevage extensif, c'est-à-dire s'appuyant sur de plus grandes surfaces pour la même production, ce qui correspond en général à une plus grande autonomie des animaux. Un élevage de type extensif n'exlut pourtant pas un contact très proche de l'éleveur avec les animaux, notament dans les systèmes d'élevage traditionnels, non plus qu'une sélection raisonnée et stricte, mais celle-ci est souvent moins forte voire inexistante et ces systèmes valorisent en premier lieu l'adaptation des animaux à leur milieu d'élevage.

Le pigeon biset, une espèce domestiquée dont certaines populations vivent libres mais en milieu urbain
Le pigeon biset, une espèce domestiquée dont certaines populations vivent libres mais en milieu urbain

Les animaux de compagnie et de loisir

Les animaux ayant le contact le plus étroit avec l'homme se trouvent souvent dans cette catégorie. Ces animaux sont l'objet de fortes pressions de selections qui ammènent une variabilité importante pour plusieurs espèces. La sélection s'opère au niveau du comportement (attachement, comportement joueur, juvénile, mais aussi combativité, agressivité ainsi que divers comportements spécifiques), et au niveau de la morphologie : tailles extrêmes, coloris, nature du poil, morphologie générale... Outre leur dépendance l'interaction avec leurs maîtres est souvent importante et ils peuvent être intégrés à une cellule familiale, ce qui est habituellement le cas du chien.
Voir article animal de compagnie.

Le marronnage

On observe pour la plupart des espèces domestiques la possibilité de s'affranchir de la tutelle de l'homme, c'est-à-dire de reformer des populations vivant à l'état sauvage. Ces animaux quoique devenus complètement ou partiellement indépendants de l'homme ont en général gardé leurs caractères d'espèces ou de races domestiqués.
Le marronnage est probablement un élément de l'histoire de la domestication de plusieurs espèces, celles-ci ayant pu être élevées, puis s'échapper dans un milieu où l'homme les aura introduites, avant d'être à nouveau domestiquées. Cela s'est vu dans la période historique pour les mustangs repris par les Indiens des plaines.
Voir article marronnage.

Commensalisme

Le commensalisme est une forme d'interaction entre deux espèces. Plusieurs espèces animales sont commensales de l'homme en ce qu'elles vivent en fonction de son activité, quoique sans être directement contrôlées par lui.
Voir plus haut : Animaux commensaux de l'homme

L'élevage d'animaux sauvages

Celui-ci représente un paradoxe dans la dualité sauvage/domestique ; il existe sous des formes et avec des objectifs variés.

L'élevage conservatoire porte sur une espèce en général rare ou disparue à l'état sauvage, pour sa conservation et éventuellement sa réintroduction. Dans ce cas, on redoute et on tente d'éviter que cet élevage modifie les caractères originels de l'espèce. Les difficultés fréquement rencontrées sont la réussite de l'élevage en captivité lui-même, la conservation d'un pool génétique suffisant, et par la suite la réintroduction des animaux, en particulier quand celle-ci est conditionnée à l'apprentissage de comportements (chasse, trajets migratoires...) En dehors de ces écueils, la préservation du partimoine génétique d'une espèce sauvage est tout a fait possible par un élevage même très artificiallisé.

L'élevage de gibier a pour but est de produire des animaux sauvages destinés au repeuplement sinon des produits à chasser directement. Les espèces sont typiquement : le lapin de garenne, le faisan ou les perdrix. Il existe une gamme de pratiques qui vont de l'élevage en stricte captivité à l'aménagement de zones favorables à la multiplication du gibier, qui sera capturé vivant pour être relâché ailleurs.

Le "game ranching" peut être traduit comme élevage extensif, en milieu naturel, d'espèces sauvages ou de gibier. Il consiste à gérer des populations, typiquement de grands herbivores (antilopes, lièvre) dans leur milieu naturel et dans une optique de production, ou encore de chasse payante. Elle est développée en Afrique australe, mais existe ou a existé sur les autres continents : La vigogne par exemple était l'objet de captures annuelles, où les animaux étaient tondus et pour partie abattus. une variante en est le sea ranching qui consiste ne contrôler qu'une partie du cycle d'élevage : en général la reproduction ou les premiers stades de développement, puis à relacher les animaux pour grossissement en pleine mer en vue de leur recapture. Cette technique est appliquée au saumon, à la coquille Saint-Jacques.

On appele gestion de faune sauvage l'action coordonnée, souvent de la part ou pour le compte de chasseurs, sur une partie des espèces sauvages d'un territoire. Elle comporte par exemple l'aménagement du territoire pour favoriser une espèce, le nourrissage occasionnel, l'apport de sel, la mise à disposition de cultures destinées au gibier, et surtout le choix raisonné des prélevements en nombre et en qualité (âge et sexe des animaux) ainsi que des introduction éventuelles (repeuplement). En tant que telle, on peut la qualifier d'"action domesticatoire", sans que cela présume nécessairement une évolution des espèces de gibier qui en sont l'objet en espèces domestiques.

Références

Conclusion

Bibliographie

da:Domesticering de:Domestizierung en:Domestication eo:Aldomigo he:ביות it:Addomesticamento nl:Domesticatie no:Domestisering pl:Domestykacja zwierząt sv:Domesticering

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