Histoire de l'Espagne

Un article de Savoir.

Histoire d'Espagne

Cet article est dédié à l'histoire de l'Espagne.

Sommaire

Préhistoire

bison dans la grotte d'Altamira, en Cantabrie, Espagne
bison dans la grotte d'Altamira, en Cantabrie, Espagne

La péninsule ibérique abrite de nombreux sites préhistoriques de renommée mondiale. Les découvertes témoignent d'une occupation humaine dès le paléolithique inférieur (sites d'Orce, Pinedo, Aridos, Torralba, Ambrona, Atapuerca). Au cours du Paléolithique supérieur, le solutréen espagnol a laissé quelques traces dans la grotte du Parpallo. Sur le site d'Altamira offre un exemple d'art pariétal datant d'environ 12 000 ans avant J.-C.

Des cultures néolithiques originales, ("campaniforme", civilisation d'El Argar près d'Alméria) se développent en Espagne. La technique de la métallurgie et l'érection de monuments mégalithiques rattachent l'Espagne aux évolutions qui concernent l'Europe occidentale : les taulas des îles Baléares sont pierres verticales surmontées d’une autre pierre horizontale.

Antiquité

Ibères, Celtibères, Phéniciens et Grecs

La Dame d'Elche, statue ibérique antique
La Dame d'Elche, statue ibérique antique

L'empire carthaginois

Après la Première Guerre punique (264-241 av. J.-C.), les Carthaginois étendent leur influence à partir de Carthagène dans le Sud de l'Espagne, sous la conduite des Barcides (famille des Barca. Ils y exploitent des mines et redonnent à Carthage sa puissance économique et commerciale. Le prétexte du déclenchement de la deuxième guerre punique fut le siège de la cité de Sagonte en Espagne, alliée de Rome. L'écrivain Tite-Live présente la prise de Sagonte comme une agression délibérée d'Hannibal Barca contre les intérêts romains. En 218 av. J.-C., Hannibal part de Tarragone et marche sur Rome par la Gaule avec 37 éléphants. En 209 av. J.-C., Carthagène est prise par les Romains. Les Carthaginois sont finalement écrasés à bataille de Zama en Afrique, en 202 av. J.-C. En Espagne, la guérilla menée par les Celtibères entrave la romanisation complète et rapide de la région.En -133, Scipion Émilien prend et détruit Numance. Les habitants de l’oppidum préfèrent le suicide à la soumission à Rome. Des soulèvements partiels continuent en Espagne pendant un siècle encore.

La domination romaine

L'aqueduc romain de Ségovie, érigé au IIe siècle. C'est l'un des monuments romains les plus imposants d'Espagne
L'aqueduc romain de Ségovie, érigé au IIe siècle. C'est l'un des monuments romains les plus imposants d'Espagne

Rome est arrivée en Espagne au IIIe siècle avant J.-C., et a été chassée par les Wisigoths au IVe siècle après J.-C. L'empereur Auguste achève la conquête de l'Espagne au Ier siècle avant J.-C. en soumettant les populations du nord. La romanisation des Ibères commença vraiment, même si celle-ci fut sans doute moins importante que dans d'autres régions de l'empire romain. Elle opéra dans les domaines du droit, de la langue, de l'urbanisation et de la construction de routes. La péninsule fut également divisée en deux provinces (Hispania Citerior et Hispania Ulterior, IIe siècle avant J.-C.), puis trois (sous Auguste). Au IVe siècle, le diocèse d'Hispanie comprend la Tarraconaise, la Gallécie, la Carthaginoise, la Lusitanie, la Bétique, les Baléares et la Maurétanie Tingitane.

L'histoire événementielle fut d'abord agitée par des révoltes et des guerres : en 77, Pompée fut envoyé en Hispanie pour lutter contre les dernier partisans de Marius et réussit à vaincre Sertorius en assassinant ce dernier. Lors du premier triumvirat avec Jules César et Crassus, il contrôle l'Hispanie. Pendant la guerre civile, Cesar a combattu les partisans de Pompée. Entre 26 et 19 après J.-C., Auguste puis Agrippa soumettent difficilement les montagnards Astures et les Cantabres.

(Voir aussi l'article Romanisation de l'Hispanie).

L'aristocratie locale fut intégrée à l'ordre des sénateurs et des chevaliers. Deux "Espagnols" furent même empereurs au IIe siècle (Trajan et Hadrien) et au IVe siècle (Théodose Ier, Maxime). En 74, l'empereur Vespasien octroie le droit latin à toute l’Espagne, donnant ainsi la citoyenneté latine à tous les citadins libres. Les latifundia, c'est-à-dire les grands domaines agraires, se sont surimposés à la petite propriété ibère. Les techniques d'irrigation ont transformé l'agriculture traditionnelle. Les Romains créèrent de nouveaux centres urbains (Saragosse, Mérida, Valence).

amphithéâtre romain de Tarragone, IIe siècle
amphithéâtre romain de Tarragone, IIe siècle

Pendant la pax romana, l'économie ibérique se développa, en relation avec les autres régions du bassin méditerranéen : elle profita des exportations d'étain, d'or, d'huile d'olive, de vin et d'or. C'est aussi à cette époque que le christianisme progresse dans la population hispano-romaine. Les Romains contruisent plusieurs bâtiments caractéristiques de leur civilisation : aqueduc de Ségovie, pont à Cordoue, remparts de Lugo, vestiges à Tolède, amphithéâtre de Tarragone ...

Au IIIe siècle, les incursions germaniques qui ravagent la Gaule épargnent l’Espagne, sauf en 258, quand le raid le plus avancé des Alamans atteint Tarragone. En 408 puis en 409, les deux usurpateurs Constantin III et Maxime étendent leur autorité sur l'Espagne.

Ainsi les Romains ont dominé Hispania pendant sept siècles, qui ont été, majoritairement, rythmés par la paix et la modernisation de la société Espagnole.

Les invasions barbares

Image:Couronne Wisigoth.jpg
Couronne de Receswinthe, roi des Wisigoths653-672

Pendant le haut Moyen Âge, la péninsule ibérique a vu l'arrivée et l'installation de plusieurs peuples barbares venus d'Europe centrale et d'Asie. Dès 408, les Vandales, les Suèves et une partie des Alains passent en Espagne. En 411, celle-ci est partagée par tirage au sort : la Bétique (actuelle Andalousie) pour les Vandales Silings, la partie nord de la Galice pour les Vandales Hasdings, la partie sud de la Galice pour les Suèves, la Lusitanie (actuel Portugal) et la Carthaginoise pour les Alains. Seule la Tarraconaise (Catalogne) reste un réduit romain, pour peu de temps. Les Vandales sont chassés par les Wisigoths et poursuivent leur route vers l'Afrique du Nord (429). Ils ne firent que traverser le pays et léguer leur nom à l'Andalousie.

Les Wisigoths

Royaume des Wisigoths à son apogée, vers 500. Il comprend l'essentiel de la péninsule ibérique, la Septimanie et le sud-ouest de la Gaule. En 507, les Wisigoths perdent l'Aquitaine au profit des Francs.
Royaume des Wisigoths à son apogée, vers 500. Il comprend l'essentiel de la péninsule ibérique, la Septimanie et le sud-ouest de la Gaule. En 507, les Wisigoths perdent l'Aquitaine au profit des Francs.

Les Wisigoths sont un peuple germanique, originaires de Scandinavie et qui s'installe dans les Balkans sous la pression des Huns au IVe siècle. Sous la direction d'Alaric Ier, ils saccagent Rome en 410 et conquièrent un vaste royaume. Ils dominent l'Hispanie jusqu'au début du VIIIe siècle et instaurent une civilisation brillante.

Lorsque la paix fut conclue par le fœdus de 418, l'empereur romain Honorius accorda aux Wisigoths des terres dans la région de l'actuelle Aquitaine, suivies d'autres en Espagne. Ils éliminèrent les Vandales qui durent se replier de l'autre côté du détroit de Gibraltar. Ils contrôlent alors l'un des plus grands royaumes barbares qui se prolongeait au-delà des Pyrénées, et dont la capitale est Toulouse. Chassés d'Aquitaine par les Francs après la bataille de Vouillé en 507, ils se replièrent dans la péninsule avec pour capitale Tolède. Ils conservent la Septimanie jusqu'au début du VIIIe siècle. Ils finirent par absorber le royaume des Suèves à l'ouest (585). Cependant, en 554, l'empereur byzantin Justinien Ier met la main sur l'ancienne province de Bétique (l'actuelle Andalousie) en 554 et impose la suzeraineté byzantine au royaume des Wisigoths. L'influence byzantine s'efface avec les victoires du roi Léovigild à Cordoue et Malaga (664).

Trop peu nombreux pour occuper toute la péninsule, le peuple wisigoth est surtout établi au nord de la Meseta, entre le Tage et l'Èbre, s'implantant dans ces régions montagneuses et boisées au rude climat plutôt qu'en Andalousie et sur la côte Méditerranéenne. La domination wisigothique est donc surtout militaire. D'abord ariens, les wisigoths se convertissent ensuite au catholicisme lorsque le roi Récarède Ier l'impose comme religion officielle en 589. Un des plus grands savants de cette époque est saint Isidore de Séville, mais il y a aussi d'autres ecclésiastiques de grande valeur tel son frère Léandre. Avant leur effondrement en 711, les wisigoths eurent le temps de développer un art original (voir l'article détaillé Art wisigothique en Espagne).

  • Liste des rois wisigoths et leurs dates de règne :

Chrétiens contre Musulmans

Château de Lorca
Château de Lorca

Conquista...

Après l'arrivée des armées de l'Islam, en 711, l'Espagne devient pour de nombreux siècles le théâtre de l'affrontement entre chrétiens et musulmans. Dans un premier temps, ceux-ci parviennent à occuper une majeure partie de la péninsule et lui apportent une civilisation brillante...

...et Reconquista

...mais peu de temps après en 718 les souverains chrétiens, émanant de la résistance des Asturies, amorcent lentement la Reconquista, qui finira par l'élimination complète de l'Islam en terre ibérique, avec l'expulsion finale des Morisques en 1609. Aux cris de guerre de Santiago ! et Muhammad !, les infidèles et les sarrasins se sont affrontés; parfois ces combattants furent alliés dans le cadre de luttes internes à chacun des camps.

L'Espagne musulmane (711-1492)

La nef de la Grande Mosquée de Cordoue. Un premier édifice fut construit en 785 ; il fut agrandi au Xe siècle
La nef de la Grande Mosquée de Cordoue. Un premier édifice fut construit en 785 ; il fut agrandi au Xe siècle

La conquête de l'Espagne wisigothique par les musulmans s'inscrit dans l'expansion de l'Islam aux VIIe et VIIIe siècles.

L'Afrique du Nord à peine conquise, le gouverneur Mûsâ eut l'idée de détourner vers l'extérieur les guerriers berbères en qui il n'avait pas confiance. En 711, le Maure Târiq, dirige une expédition de 7 000 Berbères qui doit prendre l'Espagne, alors en proie aux divisions et à une crise économique. La défaite puis l'installation des musulmans fut rapide : la ville de Saragosse tombe (714), Tarragone est détruite et Barcelone occupée (716-719). Des expéditions militaires sont menées au-delà des Pyrénées, vers la Septimanie wisigothique, puis dans la Gaule franque. La bataille de Poitiers remportée par le franc Charles Martel, marque un coup d'arrêt à la conquête arabe en Occident. En Espagne, une révolte berbère est matée par le kaisite Baldj. Les gouverneurs, bien que peu puissants et souvent remplacés, sont de plus en plus indépendants du Califat. Le renversement des Omeyyades par les Abbassides a pour conséquence l'émancipation de l'Espagne : Abd al-Rahmān, petit-fils du dernier calife omeyyade, se réfugie en Afrique du Nord, puis s'empare de Cordoue en 756, où il se proclame émir. Il doit lutter contre les Berbères et divers chefs arabes. Deux d'entre eux, provoquent même l'intervention de Charlemagne (778). Ce dernier crée une marche d'Espagne qui regroupe la Navarre et la Catalogne.

Image:Iberia-Mapa00-es.png
L'Espagne au XIe siècle : alors que le nord est aux mains des chrétiens (royaume de Sanche III en rouge), le sud musulman est divisé en taïfa, petits royaumes musulmans

Au XIe siècle, le califat de Cordoue se morcèle en petits royaumes : l'époque des taïfas (1031-1094) est troublée par des guerres. Cette division facilite la reconquête chrétienne venue du nord. Les rois chrétiens enhardis obtiennent que certaines Taïfas leur livrent un tribut après avoir connu la défaite.

L'Alhambra de Grenade, un des symboles de la civilisation hispano-musulmane.  Vue du  patio des lions
L'Alhambra de Grenade, un des symboles de la civilisation hispano-musulmane.
Vue du patio des lions

L'Espagne est ensuite envahie par les dynasties berbères des Almoravides (1086-1147) et des Almohades (1147-1212), qui supplantent les précédents. Après 1212, seul le sud de la péninsule est toujours sous contrôle musulman. En 1248, les chrétiens reprennent Séville. Seul le royaume de Grenade (Espagne) résiste jusqu'en 1492. À cette date, l'Espagne est redevenue totalement chrétienne.

Les apports des musulmans ont enrichi la culture espagnole. La civilisation hispano-musulmane a participé à l'âge d'or de l'Islam. Un certain nombre de mots de la langue espagnole viennent de l'arabe. De nouvelles cultures et techniques agricoles, venues d'Afrique ou d'Orient, sont introduites. Les grandes villes d'al-Andalus sont des centres d'un artisanat raffiné (travail du cuir à Cordoue). Elles sont également des marchés importants et des foyers d'études. Les califes construisent des bibliothèques et favorisent l'épanouissement de la culture : le futur Pape Sylvestre II vient étudier la science des sages arabes compulsée à Barcelone.

La Reconquista (718-1492)

Cartes historiques de la péninsule ibérique illustrant les étapes de la Reconquista
Cartes historiques de la péninsule ibérique illustrant les étapes de la Reconquista

La Reconquista est une période cruciale de l'histoire espagnole, notamment par sa durée (718-1492). Elle commence dans la division : différents États chrétiens se créent dans le nord face à l'Émirat de Cordoue (Asturies, puis León,Castille, Navarre, Aragon, comtés catalans). Au XIe siècle, le royaume de Castille semble prendre une part prépondérante dans la Reconquête : Alphonse VI de Castille prend Tolède en 1085. En 1094, Le Cid s'empare de Valence. En 1212, c'est l'union des chrétiens, soutenus par une nouvelle croisade, qui défait les musulmans à la bataille de Las Navas de Tolosa. En 1492, le royaume musulman de Grenade est vaincu. Peu après sont promulguées les lois sur la pureté du sang. La foi catholique est imposée à l'ensemble du royaume, les rois catholiques prononcent l'expulsion des juifs non convertis d'Espagne, provoquant la deuxième diaspora. Les musulmans non convertis seront expulsés dix ans plus tard, en 1502. Ne restent alors en Espagne que de nouveaux convertis appelés les Morisques. Ceux-ci seront définitivement expulsés en 1609.

Construction d'un état centralisé et d'un empire colonial (XVe / XVIIe siècles)

Vers l'unité politique

Réplique de la Santa Maria, l'un des navires du premier voyage transatlantique de Christophe Colomb
Réplique de la Santa Maria, l'un des navires du premier voyage transatlantique de Christophe Colomb

Au XIe siècle, la péninsule ibérique est divisée en plusieurs petits royaumes chrétiens ou musulmans. Une processus d'unification s'est amorcé aux siècles suivants et a accompagné la Reconquista vers le sud. En 1137, l'Aragon et la Catalogne s'unissent. En 1230, c'est le tour de la Castille et du León. L'Aragon mène une politique extérieure dynamique en prenant possession du sud de l'Italie : en 1282, les émeutes appelées Vêpres Siciliennes, provoquèrent la conquête de la Sicile par Pierre III d'Aragon. En 1442, Alphonse V d'Aragon conquiert le « royaume de Naples » et donne naissance au royaume des Deux-Siciles. Le mariage d'Isabelle de Castille et de Ferdinand II d'Aragon en 1469 est révélateur de l'unification espagole. Qualifiés de "rois catholiques" par le pape, le couple royal se met en place l'Inquisition espagnole (1478-1480), chassent les Juifs et les Maures d'Espagne et réduisent l'influence des grands féodaux. En 1515, le royaume de Navarre vient s'ajouter aux possessions de la couronne. Enfin, les rois catholiques soutiennent le projet de Christophe Colomb de traverser l'océan Atlantique pour trouver une route occidentale vers les Indes. La découverte de l'Amérique est suivie de sa colonisation. En 1494, l'Espagne et le Portugal signent, contraint par le pape Alexandre VI, le traité de Tordesillas, par lequel, ces deux puissances s'entendent sur le partage des territoires du Nouveau Monde. Tout ce qui serait découvert à l'ouest de la longitude 50° appartiendrait à l'Espagne, et tout ce qui serait à l'est (Afrique comprise) appartiendrait au Portugal. En fait la papauté avait attribué non pas des zones de colonisation, mais des zones d'évangélisation, distinction subtile qui ne résista pas aux appétits de ces deux puissances européennes. * Voir aussi l'article Histoire de l'Amérique latine

L'Espagne, puissance européenne et mondiale

Image:Empereur Charles V.jpg
Charles Quint (1500-1558) : il fut roi de Castille (1516) puis empereur (1519). Son règne voit la conquête des empires aztèque et inca

Le XVIe siècle voit la puissance espagnole atteindre son apogée avec la réunion sous l'autorité de Charles Quint et de son fils Philippe II d'un nombre extraordinaire de possessions rassemblées par la politique matrimoniale des Habsbourg, les exploits des conquistadors et leurs propres faits d'armes, Charles Quint est l'empereur sur des territoires sur lesquels le soleil ne se couche jamais :

L'Invincible Armada espagnole
L'Invincible Armada espagnole

Cette puissance alerte en particulier la France, cernée par les terres des Habsbourg. L'or et l'argent de l'Amérique affluent en Espagne et permettent à Philippe II de poursuivre la politique d'hégémonie. Mais cette puissance est fragile, comme en témoigne la défaite de l'Invincible Armada (1588). La diversité des territoires réunis sous un même sceptre ne correspond à aucun sentiment national commun. La cohésion est forcée par une puissance militaire sans égale en Europe, mais qui absorbe une partie trop importante des ressources financières et humaines.

À l'intérieur, les Habsbourg ont tenté d'affermir l'absolutisme mais se sont heurtés à diverses résistances et révoltes écrasées dans le sang.

Le Siècle d'or espagnol

Les possessions de Charles Quint, vers 1547. Les territoires sous le contrôle du Habsbourg sont en vert
Les possessions de Charles Quint, vers 1547. Les territoires sous le contrôle du Habsbourg sont en vert

L'Espagne du siècle d'or (vers 1550 / vers 1660) est le bastion du catholicisme contre la Réforme et les mahométans (victoire navale de Lépante). François Xavier part évangéliser l'Extrême-Orient dans la première moitié du XVIe siècle. Il participa à la fondation de la Compagnie de Jésus en 1534, aux côtés d'Ignace de Loyola. Thérèse d'Avila (1515-1582) réforme et fondent de nombreux couvents et s'impose comme un maître de la spiritualité chrétienne. Jean de la Croix (1542-1591) est un autre grand mystique espagnol qui réforma la branche masculine du Carmel. Dans le domaine des arts, les peintres espagnols se distinguent et rayonnent sur le continent européen (Diego Vélasquez, Le Greco).

Gaspar de Guzmán, comte d'Olivares (1587-1645), favori et premier ministre de Philippe IV il entreprit d'importantes réformes : lutte contre la corruption et l'inflation, centralisation, mercantilisme. Malgré tout, il ne put empêcher le pays de décliner (banqueroute de 1627). Il appuya la Maison d'Autriche en butte aux conflits de la guerre de Trente Ans et s'opposa à la politique de la France dirigée par Richelieu. En 1640, le Portugal se détache de l'Espagne après la révolte de Lisbonne. Les Espagnols perdent la bataille de Rocroi en 1643 et doivent céder le comté de Roussillon et le comté d'Artois. La régence puis le règne du "roi débile" Charles II(Carlos II) précipita la fin du siècle d'or. Sa mort sans héritier en 1700 ouvre Guerre de Succession d'Espagne (1701-1713) : la couronne d'Espagne est revendiquée par les Bourbons (France) et les Habsbourgs d'Autriche. Les traités d'Utrecht (1713) amputent la puissance espagnole de plusieurs territoires en Italie et aux Pays-Bas ; Gibraltar et de Minorque deviennent des bases navales de l'Angleterre. Le petit-fils de Louis XIV, le Bourbon Philippe V, devient roi d'Espagne (1701-1746) en abandonnant ses droits sur la couronne de France. L'Espagne disparaissait en tant que puissance majeure du continent et ses liens traditionnels avec l'Autriche étaient rompus.

La décadence

Le Siècle des Lumières

L'Inquisition espagnole, par Francisco Goya. Elle fut définitvement abolie en 1834
L'Inquisition espagnole, par Francisco Goya. Elle fut définitvement abolie en 1834

Au XVIIIe siècle, l'Espagne perd de son influence tant en Europe qu'outre-mer. Les principales causes de ce déclin sont :

La tentative de Philippe V de reprendre une partie de l'Italie déclenche la guerre de 1718-1720, qui voit la défaite de l'Espagne qui, dès lors, réduit ses ambitions. Les Bourbons, en particulier Charles III d'Espagne souhaitent régner en despostes éclairés : l'Inquisition est supprimée ; les Jésuites sont expulsés en 1767, les écoles sont sécularisées. Mais la philosophie des Lumières ne touche qu'une petite partie des élites espagnoles. Un décret de 1773 incite les nobles à s'investir dans les activités productives plutôt que dans les dépenses somptuaires. Selon l'entente tacite du pacte de Famille, l'Espagne est solidaire de la France au moment de la guerre de Sept Ans. Le traité de Paris du 10 février 1763 met fin à ce conflit à la suite duquel l'Espagne perd la Floride mais récupère la Louisiane française. En 1776, l'Espagne s'engage aux côtés de la France et des insurgés américains dans la guerre d'indépendance américaine. Cette participation lui permet de reprendre d'importants territoires en Amérique du Nord et notamment la Floride.

L'époque révolutionnaire et Napoléon

Francisco Goya, Dos de Mayo. Le 2 mai 1808, la population madrilène se soulève contre l'occupation française.
Francisco Goya, Dos de Mayo. Le 2 mai 1808, la population madrilène se soulève contre l'occupation française.

Le roi Charles III redresse ainsi quelque peu le pays, mais Charles IV, son fils, personnage effacé, complaisant et sous l'influence de sa femme. Le royaume d'Espagne considère avec inquiétude la Révolution française et déclare la guerre à la France en 1793. Cependant ce conflit tourne à l'avantage des Français et l'Espagne signe en 1795 le Traité de Bâle, par lequel elle abandonne la partie orientale de l'île de Saint Domingue à la France.

Charles IV est renversé en 1808 par son propre fils Ferdinand VII. Charles IV en appelle alors à la France mais Napoléon, plutôt que de favoriser le père ou le fils, préfère faire de l'Espagne un royaume vassal qu'il confie à son frère Joseph Bonaparte. Une partie de la population n'accepte pas ce souverain étranger et mène une guerre violente pour le chasser. C'est ce que les Français appellent la "guerre d'Espagne" et les Espagnols la Guerra de Independancia. Profitant des troubles en Europe, l'Amérique latine s'agite à partir de 1809. Le 18 mars 1812 est rédigée une constitution pour l'Espagne qui sera abolie à la restauration. En 1813, harcelées par la guérilla et perdant plusieurs batailles contre les Anglais dirigés par Wellington, les troupes françaises sont obligées de se retirer et Joseph Bonaparte abandonne le trône. Ferdinand VII est restauré en 1814.

Une période de forte instabilité

Cependant, Ferdinand VII se révèle très vite un souverain autoritaire. Confronté à de violentes révoltes, il est contraint en 1822 de proclamer une Constitution qu'il ne respecte pas. Il rétablit l'Inquisition et persécute les libéraux. Le général Rafael del Riego, avec la complicité d'autres officiers, organisa une mutinerie le 1er janvier 1820 et exigea le rétablissement de la constitution de 1812. Les troupes de Riego marchèrent sur les principales villes d'Andalousie, dans l'espoir de provoquer une insurrection anti-royaliste, mais la population locale manifesta une certaine indifférence. En revanche une révolte éclata en Galice et se propagea rapidement à travers l'Espagne. Le 7 mars 1820, le palais royal de Madrid fut encerclé par les soldats du général Ballesteros, et dès le 10 mars, le roi accepta de rétablir la constitution. Le général Rafael del Riego organisa une mutinerie le 1er janvier 1820 et exigea le rétablissement de la constitution de 1812, votée aux cortes de Cadix. Les troupes de Riego marchèrent sur les principales villes d'Andalousie, dans l'espoir de provoquer une insurrection anti-royaliste, mais la population locale manifesta une certaine indifférence. En revanche une révolte éclata en Galice et se propagea rapidement à travers l'Espagne. Le 7 mars 1820, le palais royal de Madrid fut encerclé par les soldats du général Ballesteros, et dès le 10 mars, le roi accepta de rétablir la constitution. Ce dernier fit alors appel à la France qui intervient en 1823 par l'Expédition d'Espagne. Ferdinand VII retrouva tous ses pouvoirs et inaugura une période de terreur blanche qui dura dix ans.

Entre 1818 et 1830, toutes les colonies espagnoles d'Amérique latine obtiennent leur indépendance (sauf Porto Rico et Cuba). L'Espagne se tourne alors vers le Maroc en 1906, mais se heurte à la résistance d'Abd el-Krim dans les années 1920.

La mort de Ferdinand VII entraîne un crise dynastique (1833-1840) qui débouche sur une guerre civile entre les partisans d'Isabelle II d'Espagne et les Carlistes partisans de Don Carlos et de l'absolutisme. Ces derniers sont finalement vaincus. Le règne personnel d’Isabelle II (1843-1868) a été assez impopulaire et agité. La reine ne semble pas avoir porté un grand intérêt à la politique. Assez rapidement, la réalité du pouvoir appartient à l'armée et ce sont des généraux qui contrôlent le pays. En 1868, le général Joan Prim lance une révolution et force la reine Isabelle, le 30 septembre, à s'exiler en France. Elle n'abdique cependant qu'en 1870. Le duc Amédée de Savoie est choisi pour lui succéder mais il abdique dès 1873. Devant la situation inextricable, la République est proclamée le 11 février 1873.

Toutefois, dès 1874, les Bourbons sont restaurés en la personne d'Alphonse XII, fils d'Isabelle II, et une monarchie constitutionnelle (1876) stable s'installe. Mais la crise agraire, le retard industriel, les revendications autonmistes de la Catalogne, les grèves et l'anarchisme secouent le pays. Sous Alphonse XIII, l'Espagne se lance dans la guerre hispano-américaine contre les États-Unis d'Amérique et perd Cuba, Porto Rico et les Philippines en 1898.

Neutre pendant la Première Guerre mondiale, l'Espagne est vivement touchée par la grippe espagnole. Le gouvernement doit faire face à une grève générale en 1917. Le général Miguel Primo de Rivera s'impose comme premier ministre après le coup d'état du 13 septembre 1923. Il prend des mesure radicales qui instituent une dictature. Il engage aussi une série de grands travaux pour moderniser le pays. Mais son autoritarisme, la crise économique de 1929 et la persistance du problème agraire ont raison de lui : il s'exile en 1930, suivi du roi en 1931. La Seconde République espagnole est proclamée.

Seconde République et Guerre civile

*Voir les articles Seconde République espagnole et Guerre civile espagnole

La Seconde République repose sur une nouvelle constitution libérale qui instaure le suffrage universel. Elle prit des mesures en faveur des paysans (loi agraire du 15 septembre 1932), des femmes (droit de vote, divorce autorisé) et de l'autonomie catalane et basque. Les titres de noblesse sont abolis et le pouvoir du clergé et de l'armée se trouve diminué. Manuel Azaña est président du conseil de 1931 à 1933 et devient leader du Front populaire (Frente popular) en 1936. D’abord chef du gouvernement, il est élu président de la République en mai. Éloigné des leviers de l’État, il assiste impuissant au « printemps tragique ». En proie à une grave crise politique ponctuée de grèves, d’enlèvements, d’assassinats d'opposants comme José Calvo Sotelo, le pays se délite sous ses yeux. En juillet 1936, les généraux Émilio Mola et Francisco Franco organisent le soulèvement militaire nationaliste et le putsch qui rallient plusieurs régions d'Espagne et marquent le début de la guerre civile. Le camp républicain incarne, au début du conflit, le gouvernement légal de la Seconde République, appuyé par des militants représentant diverses tendances progressistes et surnommés les rojos (rouges). Le camp nationaliste est constitué de rebelles appelés nacionalistas ( « nationalistes » ) ou facciosos ( « factieux » ). Cette guerre prend aussi la forme, dans certains territoires contrôlés par les rojos, d'une révolution sociale qui crée des conditions de collectivisation des terres et des usines, et qui permet l'expérience de nouvelles relations sociales et politiques dans ces zones. La guerre se déroule de juillet 1936 à avril 1939 et s'achève par la défaite des républicains et l'établissement de la dictature de Francisco Franco.

Au cours de cette guerre « civile », les futurs belligérants européens de la Seconde Guerre mondiale commencent à s'affronter plus ou moins directement : l'Allemagne de Hitler et l'Italie de Mussolini apportent leur soutient à Franco, l'Union soviétique de Staline vend des armes aux républicains, tout en cherchant la prise de pouvoir au sein de la république. La France et le Royaume-Uni ne participent pas directement, mais ils laissent les Brigades Internationales s'engager aux côtés des républicains.

Image:L'Homme et la guerre de Robert Capa.jpg
mort d'un soldat républicain

ainsi que les articles de fond suivant :

L'Espagne franquiste 1939-1975

Armoirie franquiste
Armoirie franquiste

Le franquisme désigne le gouvernement autoritaire et réactionnaire de l'Espagne sous la dictature de Francisco Franco (le caudillo). Au moment du tournant libéral des années 1960, le régime a abandonné sa structure et son idéologie fascisante pour une conception du pouvoir et de l'économie de type autoritaire et conservatrice, et toujours très réactionnaire au niveau des mœurs et de la religion. Franco reconnaît le catholicisme comme religion d’Etat, rétablit le budget du culte, établit des aumôneries dans les écoles, les syndicats, l’armée. Depuis avril 1937, la Phalange espagnole est le parti unique. L’armée est également un des appuis du caudillo, avec les grands propriétaires terriens, la haute bourgeoisie industrielle et financière, les classes moyennes. Entre 1939 et 1944, le régime est répressif envers les anciens Républicains emprisonnés (500 000 détenus en 1940) et les opposants... Franco achève la contre-révolution débutée en 1936. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Franco passe de la neutralité à la non-belligérance en 1940, pour revenir à la neutralité en 1944. La phalange contrôle la police politique, l’éducation nationale, la presse, la radio, la propagande et toute la vie économique et syndicale. Après la guerre, la Phalange est peu à peu écartée du pouvoir au profit de l’Eglise catholique. La guerre froide permet à Franco de bénéficier du plan Marshall en 1950. En 1955, l’Espagne entre aux Nations-Unies. Dans les années 1960, Franco cherche à industrialiser et à ouvrir son pays en incitant le tourisme. Les grèves, les manifestations d’étudiants et les attentats d’autonomistes basques vont en augmentant à la fin des années 1960. L’Eglise catholique cesse d’être un appui pour le régime et se range dans l’opposition à partir de 1970. Le pouvoir de Franco diminue alors. Il cède en juillet-septembre 1974 les fonctions de chef de l’Etat à Juan Carlos qui est couronné roi d’Espagne conformément à la volonté de son prédécesseur.

Voir aussi les articles :

La Transition démocratique

Voir articles suivants:

L'Espagne monarchique et démocratique

voir articles suivant :

L'Espagne Européenne

Attentats terroristes

Voir aussi

Liens externes

Liens externes

Portail Cliopédia – Accédez aux articles de Wikipédia concernant l’histoire.
Portail de l'Espagne – Accédez aux articles de Wikipédia concernant l'Espagne.
ar:تاريخ إسبانيا

be:Гісторыя Іспаніі bg:История на Испания ca:Història d'Espanya cs:Dějiny Španělska de:Geschichte Spaniens en:History of Spain eo:Historio de Hispanio es:Historia de España eu:Espainiako historia gl:Historia de España he:היסטוריה של ספרד it:Storia della Spagna ja:スペインの歴史 lt:Ispanijos istorija nl:Geschiedenis van Spanje no:Spanias historie pl:Historia Hiszpanii pt:História de Espanha ro:Istoria Spaniei ru:История Испании simple:History of Spain sv:Spaniens historia

Mirroir de Wikipedia