Nationalisme
Un article de Savoir.
Le nationalisme est une idéologie née au XIXe siècle simultanément dans plusieurs pays d'Europe.
Il ne faut pas la confondre avec le patriotisme, qui peut pourtant en constituer un moteur, ni avec le chauvinisme/ethnocentrisme qui est un patriotisme exagéré et agressif.
Sommaire |
Origines et tendance
Naissance du nationalisme moderne
Plus précisément, le concept de nation, au sens actuel du terme, vient de la révolution française.
On vit en effet apparaître, au début de la Révolution, une société, la société patriotique de 1789, plutôt modérée, qui se réclamait du patriotisme.
Une autre société, que François Perrault décrit comme beaucoup plus radicale, apparut par la suite (1792) : la société patriotique du Luxembourg.
Certains courants de la Révolution française mélangeaient, ne l'oublions pas, le nationalisme exacerbé (l'État nation) et le cosmopolitisme : n'est pas de la nation celui qui n'a pas les mêmes idées (d'où les massacres vendéens) et toute personne admettant l'idéologie fait partie de la nation.
Il en découle une politique dont les objectifs sont essentiellement l'indépendance, l'unité et la prospérité de sa propre nation et de son peuple [ou aussi un internationalisme]. Le nationalisme base l'identité d'un individu sur son rapport à une nation.
Le développement de l'idée de nation et donc du nationalisme est indissociable du développement de l'État moderne. Le nationalisme se base sur des identités variables.
Deux grands types de nationalisme peuvent être définis :
- un nationalisme de type français, qui associe la nation à son territoire (droit du sol)
- et un nationalisme de type allemand qui associe la nation à une origine commune (droit du sang).
Le nationalisme ne peut être complètement analysé selon une typologie gauche-droite, même s'il est plutôt de droite, et si dans la première moitié du XXe siècle, il a été à l'origine des mouvements fascistes et nationaux-socialistes et en opposition aux Internationales socialistes successives. Il peut s'opposer au supranationalisme d'entités politiques plus vastes.
En France,on désigne historiquement sous ce vocable, plus particulièrement, une tendance intellectuelle et politique des débuts de la Troisième République née après la défaite de 1870, surtout à l'origine dans les milieux radicaux et que l'on classera plutôt à droite à la fin du siècle. Les nationalistes voulaient à l'origine dépasser les clivages idéologiques nés de la Révolution et chercher à réunir les Français autour d'une Histoire et d'une identité pouvant recréer un consensus dans l'objectif d'une revanche ou d'une défense face aux ambitions allemandes, de plus en plus affichées avec l'arrivée de Guillaume II au pouvoir.
Ainsi compris, le nationalisme français peut être considéré comme un mouvement général qui embrasse tous les partis non socialistes, des conservateurs aux radicaux, quelquefois sous des formes populistes dangereusement bellicistes (le boulangisme) ou pouvant dériver sur le conservatisme (défense à tout prix de l'armée et, moins fortement, de l'Église), sur la xénophobie ou l'antisémitisme (obsession de l'ennemi intérieur surtout dans l'Affaire Dreyfus).
Le nationalisme de doctrine ou d'"extrême droite" (encore qu'il n'ait pas grand chose à voir à l'origine avec les droites légitimiste, orléaniste ou conservatrice) n'apparaît de façon autonome qu'au moment de l'Affaire Dreyfus et aura pour principale figure Maurice Barrès, qui avait déjà pris position contre le néo-kantisme et toutes les philosophies allemandes rationalistes ou non, très à la mode à l'époque dans les universités françaises, au nom de la "patrie et des morts", contre les abstractions métaphysiques sans rejeter pour autant le régime et les idéaux de la Révolution. Il n'est que la pointe extrême d'une tendance dont se réclameront des gens aussi différents et quelquefois adversaires acharnés que Poincaré, Jules Ferry, Émile Flourens, Boulanger, Paul Déroulède, Victor Hugo, Félix Faure ou Clemenceau.
L'Action française
L'Action Française se présente déjà elle-même comme un dépassement de ce vieux nationalisme et comme un "néo-royalisme" ou "nationalisme intégral" rejetant tout l'héritage révolutionnaire. L'Action française ne retient de la révolution que le concept même de nation comme corps politique fondamental.
Tous les intérêts individuels et corporatifs doivent être entièrement surbordonnés à la nation, mais non pas niés (ce qui le distingue du futur fascisme), y compris :
- la monarchie (ce qui le distingue de l'ancien légitimisme qui ne reconnait pas le concept de nation) et * l'Église (ce qui explique sa condamnation sur le plan doctrinal indépendamment des raisons politiques).
Le nationalisme intégral de l'Action française sera donc paradoxalement un néo-orléanisme anti-libéral et autoritaire, positiviste, corporatiste et nationaliste avec en son sein des tendances conservatrices ou progressistes.
Evolutions ultérieures
Au XXe siècle, précédemment limité à l'Europe et aux États-Unis d'Amérique, le nationalisme s'étend dans les pays du Sud qui contestent l'assimilation des nationalistes du Nord qui les a conduit à être colonisés.
Nationalisme libérateur
Certains nationalismes, les nationalismes libérateurs ou défensifs, ont pour but déclaré de libérer une nation de l’emprise d’une autre entité perçue comme dominante. On peut situer dans ce courant :
- beaucoup de leaders d'anciennes colonies comme Gandhi, qui se disait explicitement nationaliste,
- le nationalisme écossais,
- le nationalisme québécois
- et une bonne partie des nationalistes flamands.
Quand l’entité dominante est un État, on parlera, suivant le degré d’autonomie souhaité, de régionalisme, d’autonomisme ou d’indépendantisme.
Quand l’entité perçue comme dominante est une structure plus large qu’un État (par exemple l’Union européenne), on parlera plutôt de souverainisme.
Nationalisme dominateur
L'autre grande tendance dans le nationalisme, le nationalisme dominateur, nettement plus conquérante, vise à la domination par une nation d'un territoire nettement plus vaste que celui qu’elle occupe. On peut notamment citer :
- la pression nazie vers l'Est,
- le colonialisme européen (ex : en Afrique)
- ou l’expansionnisme israélien.
Le nationalisme est dans ce cas synonyme d’impérialisme (si l’entité dominée est hors de l’État dominant) ou de jacobinisme (si l’entité dominée fait partie intégrante de l’État dominant). Ce nationalisme cherche parfois des justifications dans une grande histoire : rêves de rétablissement de l'Empire romain de Mussolini, théorie du Lebensraum (espace vital) des nazis, prétentions civilisatrices du colonialisme, etc.
Une distinction cruciale entre ces deux tendances fondamentalement différentes est la reconnaissance ou non de droits égaux aux autres peuples.
Beaucoup de partis nationalistes ont été progressivement associés à l'extrême droite bien qu'à l'origine le nationalisme n'y soit pas lié (mais le deviendra par une évolution semblant se dessiner à la fin du XXe siècle). Le NSDAP se voulait par exemple « national-socialiste ».
Opposition au nationalisme
Les partis socialistes de tous les pays défendront officiellement l'internationalisme, qui s'oppose au nationalisme. Cependant, en France au moins, les socialistes se rallieront aux bellicistes en 1914, puis clairement au colonialisme après 1945.
Dans la pratique aussi, les communistes internationalistes se montrent parfois nationalistes.
- Ainsi en ex-Union soviétique, où les russes et quelques Arméniens et Géorgiens monopolisaient le pouvoir, les partis communistes se sont opposés aux revendications culturelles et politiques dans les républiques soviétiques d'Europe (Pays baltes, Ukraine, etc...) ou d'Asie (Turkménistan, etc.).
- En Grande-Bretagne, Espagne ou France, les mêmes partis n'ont guère protégé la diversité culturelle ou les minorités linguistiques dans ces États. Ils se montrent aussi généralement hostiles à la construction européenne.
Par ailleurs les fédéralistes européens se définissent en opposition au nationalisme, défini comme étant la croyance en l'idée d'État-nation, vu comme un facteur de guerre.
Citations
- Le nationalisme est une maladie infantile. C'est la rougeole de l'humanité. (Albert Einstein)
- Le nationalisme, c'est la guerre. (François Mitterrand, discours au parlement européen)
- Si nécessaire que soit le patriotisme, loin de rendre inutile la vertu de nationalisme, il l'a provoqué à vie. Charles Maurras, mes pensées politiques.
- Tout ce qui est national est nôtre. Duc d'Orléans
- Car le nationalisme, ce n'est pas une volonté déréglée de puissance, bien au contraire ; c'est la volonté de maintenir et de développer dans une nation ce qui est nécessaire à la vie habituelle, à la vie commune. Henri Massis, Les idées restent.
- La nation est ce qui fait en l'homme l'humain. Pape Jean-Paul II
- Le verrou qui doit sauter, c'est la nation. Edmond de Rothschild - déclaration à le revue Entreprise, 1970
- Nous les nationalistes, nous marchons avec tous les siècles. Patrick Ollivier
Voir aussi
Nationalismes locaux
- nationalisme européen,
- nationalisme français, nationalisme allemand, nationalisme italien, nationalisme portugais, nationalisme serbe, nationalisme croate, nationalisme juif, nationalisme québécois, nationalisme indien, nationalisme chinois, nationalisme japonais, nationalisme russe, nationalisme arabe
- régionalisme, nationalisme breton, nationalisme alsacien, nationalisme flamand, nationalisme basque, nationalisme corse, nationalisme occitan, nationalisme savoyard, nationalisme écossais, nationalisme panafricain
Nationalisme et politique
- Charles Maurras, Action française, extrême droite, droite, Résistance, parti politique, mouvements politiques, doxa, Nationalisme-Révolutionnaire.
Autres
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